‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 754 sur 854 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Quel était à P égard des maires le génie de la nation.

Un gouvernement dans lequel une nation qui avait un roi élisait celui qui devait exercer la puissance royale , paraît bien extraordinaire : mais , indépendamment des circonstances où l'on se trouvait , je crois que les Francs tiraient à cet égard leurs idées de bien loin.

Ils étaient descendus des Germains , dont Tacite dit que , dans le choix de leur roi , ils se déterminaient par sa noblesse (2) , et , dans le choix de leur chef , par sa vertu. Voilà les rois de la première race, et les maires du palais; les premiers étaient héréditaires , les seconds étaient électifs.

On ne peut douter que ces princes, qui', dans l'assemblée de la nation , se levaient et se proposaient pour chefs de quelque entreprise à tous ceux qui voudraient les suivre , ne réunissent , pour la plupart , dans leur personne , et l'autorité du roi et la puissance du maire. Leur noblesse leur avait donné la royauté ; et leur vertu , les faisant suivre par plusieurs volontaires qui les prenaient pour cnefs , leur donnait la puissance du maire. C'est par la dignité royale que nos premiers rois furent à la tête des tribunaux et des assemblées , et donnèrent des lois du consentement de ces assemblées : c'est par la dignité de duc ou de chef qu'ils firent leurs expéditions et commandèrent leurs armées.

Pour connaître le génie des premiers Francs à cet égard , il n'y a qu'à jeter les yeux sur la conduite que tint Arbogaste (3) , Franc de nation , à qui Valentinien avait donné le commande»

(1) Deincepsà temporibus Clodovei, qui fuit filiusDagoberti, incîyti régis , pater verb Theodorici , regnum Francorum decidensper majores domûs ccepit ordinarù ( De majoribuB domûs régie. ) — (a) Reges ex no* bilitate, duces ex virtute , sumunt. (De Morîbos Germa norana. ) -* (3) Fcy#z Sulpiciui Alexander, dans Grégoire do Tours, liv. IL

ment de l'armée. Il enferma l'empereur dans le palais ; il ne permit à qui que ce fut de lai parler d'aucune affaire civile oa militaire. Arbogaste fit pour lors ce que les Pépins firent depuis.

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