CHAPITRE IX
Comment les bien* ecclésiastiques furent converti* en fiefs.
Les biens fiscaux n'auraient du avoir d'autre destination que de servir aux dons que les rois pouvaient faire pour inviter les Francs à de nouvelles entreprises , lesquelles augmentaient d'un autre coté les biens fiscaux; et cela était, comme j'ai dit, l'esprit de la nation : mais les dons prirent un autre cours. Nous avons un discours de Chilpéric , petit-fils de Clovis , qui se plaignait déjà que ses biens avaient été presque tous donnés aux églises (a). « Notre » fisc est devenu pauvre , disait-il; nos richesses ont été transit portées aux églises (3). Il n'y a plus que les évoques qui régnent; » ils sont dans la grandeur , et nous n'y sommes plus. »
Cela fit que les maires, qui n'osaient attaquer les seigneurs , dépouillèrent les églises : et une des raisons qu'allégua Pépin pour entrer en Neustrie , fut qu'il y avait été invité par les ecclésiastiques pour arrêter les entreprises des rois , c'est-à-dire des maires, qui privaient l'Église de tous ses biens (4).
Les maires d'Austrasie , c'est-à-dire la maison des Pepitfs , avaient traité l'Église avec plus de modération qu'on n'avait fait en Neustrie et en Bourgogne; et cela est bien clair par nos chroniques , où les moines ne peuvent se lasser d'admirer la dévotion et la libéralité des Pépins (5). Ils avaient occupé eux-mêmes les premières places de l'Église. « Un corbeau ne crève pas les yeux » à un corbeau , » comme disait Chilpéric aux évêques (6).
Pépin soumit la Neustrie et la Bourgogne : mais ayant pris , pour détruire les maires et les rois , le prétexte de l'oppression des
(i) Le cinquième de l'an 806 , art. 8. — (2) Dans Grégoire de Tours , liv. VI, chap. xlvi. —(3) Cela fit qu'il aunula les testament! fui ta en faveur des églises, et même les dons faits par .von père i Gonlraud le» rétablît, et fit même de nouveaux dons. (Grégoire de Tours, liv. Vil, chap. vi r. ) — (4) Voyez les Annales de Metz , »ur Tan 687. Exciter imprimis querelis sacerdotumei servorum Dei, qui me sœpiits adierunt utpro sub lotit injuste patrimoniis , etc. — (5) Voyez les Annales de Metz, sur l'an 6R7. — (6) Dans Grégoire de Tours.
églises , il ne pouvait plus les dépouiller sans contredire son titre et faire voir qu'il se jouait de la nation. Mais la conquête de deux grands royaumes et la destruction du parti opposé lui fournirent assez de moyens de contenter ses capitaines.
Pépin se rendit maître de la monarchie en protégeant le clergé : Charles-Martel , son fils, ne put se maintenir qu'en l'opprimant. Ce prince, voyant qu'une partie des biens royaux* et des biens fiscaux avait été donnée à vie ou en propriété à la noblesse , et que Je clergé , recevant des mains des riches et des pauvres , avait acquis une grande partie des allodiaux mêmes, il dépouilla les églises ; et les fiefe du premier partage ne subsistant plus , il forma une seconde fois des fiefs (i). Il prit pour lui et pour ses capitaines les biens des églises et les églises mêmes , et fit cesser un abus qui , à la différence des maux ordinaires , était d'autant plus facile à guérir, qu'il était extrême.