‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 768 sur 854 · LIVRE XXXI, CHAP. XII. S · texte numérisé non relu

LIVRE XXXI, CHAP. XII. S

Mais le bas peuple n'est guère capable d'abandonner ses intérêt» par des exemples. Le synode de Francfort ( 1 ) lui présenta un motif plus pressant pour payer les dîmes* On y fit un Capitulaire dans lequel il est dit que , dans la dernière famine , on avait trouvé les épis de blé vides (2) , qu'ils avaient été dévorés par le» démons , et qu'on avait entendu leurs voix qui reprochaient de n'avoir pas payé la dîme : et , en conséquence , il fut ordonné à tous ceux qui tenaient les biens ecclésiastiques de payer la dîme ; et , en conséquence encore , on l'ordonna à tous.

Le projet de Charlemagne ne réussit pas d'abord : cette charge parut accablante (3). Le paiement des dîmes chez les Juif» était entré dans le plan de la fondation de leur république : mai» ici le paiement des dîmes était une charge indépendante de celte de l'établissement de la monarchie. On peut voir, dans les dispositions ajoutées à la loi des Lombards , la difficulté qu'il y eut à faire recevoir les dîmes par les lois civiles (4) : on peut juger , par. les différens canons des conciles , de celle qu'il y eut à les faire recevoir par les lois ecclésiastiques.

Le peuple consentit enfin à payer les dîmes , à condition qu'il pourrait les racheter. La constitution de Louis-le-Débonnaire (5) et celle de f empereur Lothaire (6), son fils , ne le permirent pas.

Les lois de Charlemagne sur l'établissement des dîmes étaient l'ouvrage de la nécessité ; la religion seule y eut part , et la superstition n'en eut aucune.

La fameuse division (7) qu'il fit des darnes en quatre parties , pour la -fabrique des églises , pour les pauvres , pour l'évêque , pOur les clercs , prouve bien qu'il voulait donner à l'Église cet état fixe et permanent qu'elle avait perdu.

Son testament (8) fait voir qu'il voulut achever de réparer les maux que Charles-Martel , son aïeul , avait faits. Il fit trois parties égales de ses biens mobiliers : il voulut que deux de ces parties fussent divisées en vingt-une , pour les vingt-une métropoles de son empire ; chaque partie devait être subdivisée entre la métro-

(1) Tenu soosCnarlemagne, Tan 794. — (2) Experimento enim didicimus inanno quo Ma valida famés irrepsit, ebullire+acua$annoruu à deemonibu* dévorât as t et voces exprobationis audit as , etc. (édit. de Baluze, page 267 , art. a3.) — (3) Voyez, entre antres , le capitulaire de Louis-le- Débonnaire , de Tan 829 , édit. de Baluze , page 663 , contre ceux qui , dans la yae de ne pas payer la dîme , ne cultivaient point leurs terres; et art. 5: Nonis quidem et decimis, undè et genitor noster et nos fréquenter in diversi* placitis admonitionem fecimus. — (4) Entre autres, celle de Lothaire , liv. III, tit. III, ebap. vi. — (5) De l'an 829 , art. 7 , dans Balaie, tome I , page 663. — (6) Loi des Lombards , liv. III, tit. III, §. 8. — (7) IbuL Ç. 4. — (8) C'est nue espèce de codicille rapporté par Éginhard , et qui est différent du testament même qu'on trouve dans Goldast et Baluze.

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pôle et les évéchés qui en dépendaient. Il partagea le tien qui restait en quatre parties ; il en donna une à ses enfans et ses petitsenfans , nne antre fut ajoutée aux deux tiers déjà donnés , les deux autres furent employées en oeuvres pies. Il semblait qu'il regardât le don immense qu'il venait de faire aux églises , moins comme nne action religieuse , que comme une dispensa tion politique.

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