‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 778 sur 854 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Lovis-LE-Dà7toxj**inE.

Auguste , étant en Egypte , fit ouvrir le tombeau d'Alexandre. On lui demanda s'il voulait qu'on ouvrît ceux des Ptolomées ; il dit qu'jj avait voulu voir le roi , et non pas les morts. Ainsi , dans l'histoire de cette seconde race , on cherche Pépin etCharlemagne; on voudrait voir les rois , et non pas les morts.

Un prince , jouet de ses passions et dupe de ses vertus mêmes , un prince qui ne connut jamais sa force ni sa faiblesse , qui ne sut se concilier ni la crainte ni l'amour , qui , avec peu de vices dans le cœur , avait toutes sortes de défauts dans l'esprit , prit en main les rênes de l'empire que Charlemagne avait tenues.

(1) Capitula ire de Villis , art. 39. Voyez lout cecapituîaire, qui est un chef-d'œuvre de prudence, de bonne administration et d'économie.— (a) Voyez, entre autre» , la fondation de l'archevêché de Brème , dans le capitulaire de 789, édition de Balnze, page 245. — (3) Par exemple, la défense aux jages royaux d'entrer dans le territoire pour exiger les fredtt et antres droits. J'en ai beaucoup parlé an Livre précédent.

Dans le temps que l'univers est en larmes pour la mort de son père , dans cet instant d'étonnement où tout le monde demande Charles et ne le trouve plus , dans le temps qu'il hâte ses pas pour aller remplir sa place , il envoie devant lui des gens aifidés pour arrêter ceux qui avaient contribue au désordre de la conduite de ses sœurs. Cela causa de sanglantes tragédies (i). C'étaient des imprudences bien précipitées. Il commença k venger les crimes domestiques avant d'être arrivé au palais , et à révolter les esprits avant d'être le maître.

Il fit crever les yeux à Bernard , roi d'Italie , son neveu , qui était venu implorer sa clémence , et qui mourut quelques jours après : cela multiplia ses ennemis. La craintç qu'il en eut le détermina à faire tondre ses frères : cela en augmenta encore le nombre. Ces deux derniers articles lui furent bien reprochés (2) : on ne manqua pas de dire qu'il avait violé son serment et les promesses solennelles qu'il avait faites k son père le jour de son couronnement (3).

Après la mort de l'impératrice Hirmengarde , dont il avait trois enfans, il épousa Judith : il en eut un fils; et bientôt, mêlant les complaisances d'un vieux mari avec toutes les faiblesses d'un vieux roi , il mit un désordre dans sa famille qui entraîna la chute de la monarchie.

Il changea sans cesse les partages qu'il avait faits à ses enfans. Cependant ces partages avaient été confirmés tour à tour par ses sermens , ceux de ses enfans , et ceux des seigneurs. C'était vouloir tenter la fidélité de ses sujets; c'était chercher à mettre de la confusion , des scrupules et des équivoques , dans l'obéissance ; c'était confondre les droits divers des princes , dans un temps surtout où , les forteresses étant rares , le premier rempart de l'autorité était la foi promise et la foi reçue.

Les enfans de l'empereur , pour maintenir leurs partages , sollicitèrent le clergé , et lui donnèrent des droits inouïs jusqu'alors. Ces droits étaient spécieux ; on faisait entrer le clergé en garantie d'une chose qu'on avait voulu qu'il autorisât. Agobard (4) représenta k Louis- le -Débonnaire qu'il avait envoyé Lothaire à Rome pour le faire déclarer empereur ; qu'il avait fait des partages à ses enfans , après avoir consulté le ciel par trois jours de jeûnes et de prières. Que pouvait faire un prince superstitieux ,

(H L'auteur incertain de la vie de Louis~le-Débonoaîre, dans le recueil de Ducbesne , tome II , page 396. — (a) Voyez le procès- verbal de aa dégradation, dans le recueil de Duchesne, tome II, page 333.— (5) Il lai ordonna d'avoir pour ses sœurs, ses frères et ses nrvenx, une clémence saus bornes , indeficientem miser icordiam. (Tégan , daua le recueil de Ducbesne , tome II , page 276. ) — (4) Voyez, ses lettres»

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