‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 780 sur 854 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Continuation du même sujet.

La force que Charlemagne avait mise dans la nation subsista assez sous Louis-le-Débonnaire pour que l'état pût se maintenir dans sa grandeur et être respecté des étrangers. Le prince avait Fesprit faible j mais la nation était guerrière. L'autorité se perdait au dedans sans que la puissance parût diminuer au dehors.

Charles ~ Martel , Pépin et Charlemagne, gouvernèrent l'un après l'autre la'monarchie. Le premier flatta l'avarice des gens de guerre; les deux autres celle du clergé : Louis-le-Débonnaire mécontenta tous les deux. *

Dans la constitution française , le roi , la noblesse et le clergé avaient dans leurs mains toute la puissance de l'état. Charles- Martel y Pépin et Charlemagne , se joignirent quelquefois d'intérêts avec l'une des deux parties pour contenir l'au|re , et presque toujours avec toutes les deux : mais Louis-le-Débonnaire détacha de lui l'un et l'autre de ces corps. Il indisposa les évéques par $es règlemens qui leur parurent rigides , parce qu'il allait plus loin qu'ils ne voulaient aller eux-mêmes. Il y a de très-bonues lois faites mal à propos. Les évêques , accoutumés dans ces tempslà à aller à la guerre contre les Sarrasins et les Saxons (2) , étaient

(1) Voyez le procès-verbal de sa dégradation , dans le reoaeil de Du- •lieaoe, tome II, page 53 1. Voyez aussi sa vie écrite par Tégan. TtuUo enim odio laborabat , ut tœderet eos vit a îpsius, dit l'auteur incertain , dans Duçhesne , tome 11, page 3o7. — (a) a Pour lors les évéques et le a 9 clercs commencèrent à quitter les ceintures et les baudriers d'or , les » couteau i;,enrichis de pierreries qui y étaient suspendus , les habille j» mens d'un goût exquis , les éperons dont la richesse accablait leurs 1» talons. Mais l'ennemi du genre humain ne souffrit point une telle dé* » votion, qui souleva contre elle les ecclésiastiques de tous les ordres, et » se fit à elle-même la guerre. 1» ( L'auteur incertain de la vie de Louis - le- Débonnaire, dans le recueil de Ducbeane, tome II, page ao8. )

bien éloignés de l'esprit monastique. D'un autre côté , ayant

perdu toute sorte de confiance pour sa noblesse , il éleva des gens

de néant (i), il la priva de ses emplois (2) , la renvoya du palais ,

appela des étrangers. Il s'était séparé de ces deux corps, il en fut

abandonné.

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