DES CONSEILS DE RELIGION
L'auteur , dans le Livre sur la religion , a combattu l'erreur de Bayle; voici ses paroles (i) : Jf. Bayle, après avoir insulté toutes les religions , flétrit la religion chrétienne : il ose avancer que de véritables Chrétiens ne formeraient pas un état qui pût subsister. Pourquoi non ? Ce seraient des citoyens infiniment éclairés sur leurs devoirs, et qui auraient un très-grand zèle pour les remplir ; ils sentiraient très-bien les droits de la défense naturelle ; plus ils croiraient devoir à la religion , plus ils penseraient devoir à la patrie. Les principes du christianisme , bien gravés dans le cœur , seraient infiniment plus forts que ce faux honneur des monarchies , ces vertus humaines des républiques , et cette crainte servile des états despotiques.
Il est étonnant que ce grand homme n*ait pas su distinguer les ordres pour l'établissement du christianisme d'avec le christza-
(x) Liv.XXIV,ch a.vi.
6i* DÉFENSE
nisme mime , et qu'on puisse lui imputer d'avoir méconnu l'esprit de sa propre religion. Lorsque le législateur , au lieu de donner des lois, a donné des conseils , c'est qu'il a vu que ses conseils , s'ils étaient ordonnés comme des lois, seraient contraires à l'esprit de ses lois. Qu'a-t-on fait pour ôter à l'auteur la gloire d'avoir combattu ainsi l'erreur de Bayle ? On prend le chapitre (i) suivant , qui n'a rien à faire avec Bayle : Les lois humaines , y est-il dit , v faites pour parler à t esprit , doivent donner des préceptes , et point de conseils : la religion, faite pour parler au cœur, doit donner beaucoup de conseils , et peu de préceptes. Et de là on conclut que l'auteur regarde tous les préceptes de l'Évangile comme des conseils. Il pourrait dire aussi que celui qui fait cette critique regarde lui-même tous les conseils de l'Evangile comme des préceptes : mais ce n'est pas sa manière de raisonner , et encore moins sa manière d'agir. Allons au fait : il faut un peu allonger ce que l'auteur a raccourci. M. Bayle avait soutenu qu'une société de Chrétiens ne pourrait pas subsister; et il alléguait pour cela l'ordre de l'Évangile de présenter l'autre joue quand on reçoit un soufflet , de quitter le monde , de se retirer dans les déserts , etc. L'auteur a dit que Bayle prenait pour des préceptes ce qui n'était que des conseils , pour des règles générales ce qui n'était que des règles particulières : en cela l'auteur a défendu la religion. Qu'arrivet-il? on pose, pour premier article de sa croyance , que tous les livres de l'Évangile ne contiennent que des conseils.