‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 814 sur 854 · CÉLIBAT · texte numérisé non relu

CÉLIBAT

Nous voici à l'article du célibat. Tout ce que F auteur en a dit se rapporte à cette proposition , qui se trouve au Livre XXV , Chapitre iv ; la voici :

Je ne parlerai point ici des conséquences de la loi du célibat : on sent qu'elle pourrait devenir nuisible à proportion que le corps du clergé sera it trop étendu , et que , par conséquent , celui des laïques ne le serait pas assez. Il est clair que l'auteur ne parle ici que de la plus grande ou de la moindre extension que l'on doit donner au célibat par rapport au plus grand ou au moindre nombfe de ceux qui doivent l'embrasser; et , comme l'a dit l'auteur en un autre endroit , cette loi de perfection ne peut pas être faite pour tous les hommes : on sait d'ailleurs que la loi du célibat , telle que nous l'avons , n'est qu'une loi de discipline. Il n'a jamais été question , dans C Esprit des Lois , de la nature du célibat même et du degré de sa bonté j et ce n'est en aucune façon une matière qui doive entrer dans un livr e de lois politiques et civiles. Le critique ne veut jamais que l'auteur traite son sujet , il veut continuellement qu'il traite le sien ; et parce qu'il est toujours théologien , il ne veut pas que , même dans un livre de droit, il soit 'jurisconsulte. Cependant on verra tout à l'heure qu'il est , sur le célibat , de l'opinion des théologiens , c'est-à-dire, qu'il en a reconnu la bonté. Il faut savoir que dans le Livre XXfll, où il est traité du rapport que les lois ont avec le nombre des habitans , l'auteur a donné une théorie de ce que les lois politiques et civiles de divers peuples avaient fait à cet égard. Il a fait voir , en examinant les histoires des divers peuples de la terre , qu'il y avait eu des circonstances ou ces lois furent plus nécessaires que dans d'autres , des peuples qui en avaient eu plus de besoin , de certains temps où ces peuples en avaient eu plus de

besoin encore : et , comme il a pensé que les Romains furent le « peuple du monde le plus sage , et qui , pour réparer ses pertes , eut le plus de besoin de pareilles lois , il a recueilli avec exactitude les lois qu'ils avaient faites à cet égard ; il a marqué ayec précision dans quelles circonstances elles avaient été faites , et dans quelles autres circonstances elles avaient été âtées. Il n'y a point de théologie dans tout ceci , et il n'en faut point pour tout ceci. Cependant il a jugé à propos d'y en mettre. Voici ses paroles : A Dieu ne plaise que Je parle ici contre le célibat qu'a adpptè la religion ! maie qui pourrait se taire contre celui qu'a formé le libertinage; celui où les deux sexes , se corrompant par les sentimens naturels mêmes , fuient une union qui doit les rendre meilleurs , pour vivre dans celle qui les rend toujours pires ?

Cest une règle tirée de la nature , que plus on diminue le nombre des mariages qui pourraient se faire , plus on corrompt ceux qui sont faits ; moins il y a de gens mariés , moins il y a de fidélité dans les mariages : comme , lorsqu'il y a plus de voleurs, il y a plus de vols (1).

L'auteur n'a donc point désapprouvé le célibat qui a pour motif la religion. On ne pouvait se plaindre de ce qu'il s'élevait contre le célibat introduit par le libertinage ; de ce qu'il désapprouvait qu'une infinité de gens riches et voluptueux se portassent à fuir le joug du mariage pour la commodité de leurs dérèglement j qu'ils prissent pour eux les délices et la volupté , et lais-* tassent les peines aux misérables : on ne pouvait , dis- je , s'en plaindre. Mais le critique , après avoir cité ce que l'auteur a dit , prononce ces paroles : On aperçoit ici toute la malignité de Vau» leur, qui veut jeter sur la religion chrétienne des désordres quyelle déteste. Il n'y a pas d'apparence d'accuser le critique de n'avoir pas voulu entendre l'auteur : je dirai seulement qu'il ne l'a point entendu , et qu'il lui fait dire contre la religion ce qu'il a dit contre le libertinage. Il doit en être bien fâché.

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