‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 2)Chapitre 17 sur 119 · SUR UNE ABSENCE EN TEMPS DE PLUIE · texte numérisé non relu

SUR UNE ABSENCE EN TEMPS DE PLUIE

Depuis qu'un malheureux adieu Rendit vers vous ma flamme criminelle, Tout Tunivers, prenant votre querelle,

Contre moi conspire en ce lieu.

Ayant osé me séparer Du beau soleil qui luit seul à mon ame, Pour le ven;>er, Tautre cachant sa flamme,

Refuse de plus m éclairer.

L'air, qui ne voit plus ce flambeau, En témoi^jnant ses rejjrets par ses larmes, M'apprend assez (pi'éloiyné de vos charmes

Mes yeux se doivent fondre en eau.

Je vous jure, mon cher souci, Qu'étant réduit à voir l'air qui distille, Si j'ai le cœur prisonnier à la ville.

Mon corps ne lest pas moins ici.

lO. I i

i62 POÉSIES DIVERSES

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STANCES

J'ai vu la peste en raccourci :

Et, s'il faut en parler sans feindre, Puisque la peste est faite ainsi.

Peste, que la peste est à craindre 1^

De cœurs qui n en sauroieat guérir Elle est par-tout accompagnée, Et, dût-on cent fois en mourir»

Mille voudraient lavoir gagnée.

L ardeur dont ils sont einp(»tés^ En ce péril leur persuade Qu avoir la peste à ses côtés, Ce n'est piMut être trop malade.

Aussi £aut-il leur accorder Qu'on auroit du bonheur de reste.

Pour peu qu'on sa put hasarder Au beau milieu de cette peste.

La mort seroit douce à ce prix , Mais c'est un malheur à se pendre^ Qu'on ne meurt pas d'en être pris, Mais faute de la pouvoir prendre.

DE P. CORNEILLE. i6:;

L'ardeur qu'elle fait naître au seiu N'y fait même un mal incurable Que parcequ'elle prend soudain, Et qu'elle est toujours imprenable.

Aussi chacun y perd son temps, L'un en ^jémit, l'autre en déteste, Et ce que font les plus contents C'est de pester contre la peste.

STANCIiS.

Que vous sert-il de me charmer?

Aminte, je ne puis aimer

Où je ne vois rien à ni éttîrdre; Je sens naître et nouiir ma llaimne à votre aspect, Et si pour la beauté j'ai toujours 1 ame tvMidre, Jamais pour la vertu je n'ai que du respect.

Vous me recevez sans mépris,

Je vous parle, je vous écris.

Je vous vois quand j en ai 1 envie; Ces bonheurs sont pour moi des bonheurs superflus: Et si quelque autre y trouve une assez douce vie, ïl me faut pour aimer quelque chose de phis.

Le plus f>rand amour sans faveur,

i64 POÉSIES DIVERSES

Pour un homme de mon humeur,

Est un assez triste partage ; Je cède à mes rivaux cet inutile bien, Et qui me donne un cœur, sans donner davantage, M'obligeroit bien plus de ne me donner rien.

Je suis de ces amants grossiers

Qui n^aiment pas fort volontiers

Sans aucun prix de leurs services, Et veux, pour m'en payer, un peu mieux qu^un regard; Et Tunion d'esprit est pour moi sans délices Si les charmes des sens n y prennent quelque part.

STANCES

Galiste, lorsque je vous vois, Dirai-je que je vous admire?

C'est vous dire bien peu pour moi, Et peut-être c'est trop vous dire.

Je m'expliquerois un peu mieux Pour un moindre rang que le vôtre.

Vous êtes belle, j'ai des yeux.

Et je suis homme comme un autre.

Que n'êtes- vous à votre tour, Caliste, comme une autre femme !

DE P. COUNETLr.E. iGj

Je serois pour vous tout d'amour Si vous n'étiez point si grand'dame.

Votre yrade hors du commun Incommode fort (pii vous aime, Et sous le respect importun Un beau fou s éteint de lui-même.

J'aime un peu Tindiscrétion Quand je veux faire des maîtresses; Et quand j'ai de la passion, J'ai grand amour pour les caresses.

Mais si j'osois me hasarder Avec vous au moindre pillap^e, Vous me Feriez hieu rej^arder Le grand chemin de mon village.

J'aime donc mieux laisscu* mourii L ardeur qui seroit mal Uaitée, Que de prétendie à coiu[ucrir Ce fjui n'est point de ma portée.

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