RÉPONSE DE M. DE SAINT-ÉVREMOND
Monsieur,
Je ne doute pa» que vous ne fassiez le plus reconnoissant homme du monde d'une grâce qu'on vous feroit^ puisque vous vous sentez obligé d'une justice qu'on vous rend. Si vous aviez à remercier tous ceux qui ont les mêmes sentiments que moi de vos ouvrages, vous devriez des remerciements è tous ceux qui s'y connoissent. Je vous puis répondre que jamais réputation n'a été si bien éta})Iie que la vôtre en Angleterre et en Hollande. Les Anglois, assez disposés naturellement à estimer ce qui leur appartient, renoncent «à cette opinion, souvent bien fondée, et croient faire honneur à leur Ben Johnson ' de le nommer le
' Benjamin Johnson, célèbre poë'te anglais, florissait sous les règnes de la reine Elisabeth, de Jacques I" et de Charles I*'. Gomme il était versé dans la lecture des anciens, il en profita habilement , et donna- au théâtre anglais une forme et une régularité qu'il n'avait point eues jusqu'alors. H a fait des tragédies, comme la Chute de Séjariy la Conspiration de Catilina, qui ont eu l'approbation des connaisseurs* On estime infiniment ses comédies, particn-
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Corneille d'Angleterre. M. Waller, un des plus beaux esprits du siècle, attend toujours vos pièces nouvelles, et ne manque pas d'en traduire un acte ou deux en vers anglois pour sa satisfaction particulière '. Vous êtes le seul de notre nation dont les sentiments aient lavantage de toucher les siens. 11 demeure d'accord qu'on parle et qu'on écrit bien en France ; il n'y a que vous, dit-il, de tous les François, qui sache penser. M. Vossius, le plus grand admirateur de la Grèce, qui ne sauroit souffrir la moindre comparaison des Latins aux Grecs, vous préfère à Sophocle et à Euripide.
Après des suffrages si avantageux, vous me surprenez de dire que votre réputation est attaquée en France. Seroit-il arrivé du bon goût comme des modes, qui commencent à s'établir chez les étrangers quand elles se passent à Paris? Je ne m'étonnerois point qu'on prît quelque dégoût pour les vieux héros , quand on en voit un jeune qui efface toute leur gloire; mais si on se plaît encore à les voir représenter sur nos théâtres, comment ne peut-on pas admirer ceux qui viennent de vous ? Je crois que l'influence du mau-
lièrement celles qui ont pour litres Volpone, ou le Renard; l'Alchimiste; la Foire de Saint-Barlhélemy ; la Femme qui ne parle pas. M. de Saint-Evremond était charmé de la dernière pièce. Benjamin Johnson mourut en lôSy, a^^é de soixante-trois ans. Il est enterré dans l'abhaye de Westminster, où pour toute épitaphe on s'est , contenté de mettre ces paroles sur sa tombe : O rare Ben Johnsoïn! ' Waller a travaillé à la traduction anglaise du Pompée de Corneille, conjointement avec Charles Sackville, comte de Dorset, un «les plus beaux esprits d'Anî^leterre , mort en 1706. C'est tout ce qui reste de ses traductions <b» Corneille.
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vais gaût s^en va passer; et la première pièce que tous donnerez au public fera voir, par le retour de ses applaudissements , le recouvrement du bon sens et le rétablissement de la raison. Je ne finirai pas sans tous rendre grâces très humbles de Thonneur que tous mWez fait. Je mç trouTerois indigne des louanges que TOUS donnez à mon jugement; mais comme il s^occupe le plus souTent à bien connoître la beauté de Tos ouTrages, je confonds nos intérêts, et me laisse aller aTec plaisir à une Tanité mêlée aTec la justice que je tous rends.