A M. DE SAINT-ÉVREMOND
lOFR LE REMERCIER DES LOU VNOIS Qll'lL I.Uf AVOIT DONNEES DANS LA DISSERTATION SlIF\ l'ai EXANDP.E DK U VCINE '.
Monsieur,
L'obligation que je vous ai est d'une nature à ne pouvoir jamais vous en remercier dignement; et dans la confusion où je suis, je m'obsjtincrois encore dans Je silence, si je n'avois peur qu'il ne j)assât auprès de vous pour ingratitude. Bien que les suffrages de Timportance du vôtre nous doivent toujours être très précieux, il y a des conjonctures qui en augmentent infinimentle prix. Vous m'honorez de votre estime en un temps oii il semble qu'il y ait un parti fait pour ne m'en laisser aucune. Vous me soutenez quand on se persuade qu'on m'a battu; et vous me consolez glorieusement de la délicatesse de notre siècle, quand vous daignez m'attribuer le bon goût de l'antiquité. C'est un merveilleux avantage pour un homme qui
* Cette lettre et la néporlstî sont au tome IH des OEuvrei de M. d<: Saint-Évremond f p. 4<'> et suiv. dn r«Mlitiun d'//mvîeivAim, 172G.
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ne peut douter que la postérité ne veuille bien s'en rapporter à tous. Aussi je vous avoue, après cela, que je pense avoir quelque droit de traiter de ridicu* les ces vains trophées qu on établit sur le débris imaginaire des miens, et de regarder avec pitié ces opiniâtres entêtements qu'on avoit pour les anciens héros refondus à notre mode.
Me voulez-vous bien permettre d^ajouter ici que vous m'avez pris par mon foible, et que ma Sophoriisbe ', pour qui vous montrez tant tendresse, a la meil-
' Voici Fendroit de la Dissertation de M. de Saint-Évremond : « Un des grands défauts de notre nation c'est de ramener tont à « elle, jusqu'à nommer étrangers dans leur propre pays ceux qui n n ont pas bien ou son air ou ses manières : de là vient qu'on nous M reproche justement de ne savoir estimer les choses que par le rap- « port quelles ont avec nous, dont Corneille a fait une injuste et •< fâcheuse expérience dans sa Sophonisbe, Mairet , qui avait dé- « peint la sienne infidèle au vieux Syphax et amoureuse du jeune « et victorieux Massinisse, plut quasi généralement à tout le monde « pour avoir rencontré le goût des dames et le vrai esprit des gens « de la cour. Mais Corneille , cpii fait mieux parler les Grecs que Il les Grecs , les Romains que les Romains , les Carthaginois que « les citoyens de Carthage ne parloient eux-mêmes ; Corneille , M qui presque seul a le bon goût de Tantiquité, a eu le malheur de « ne plaire pas à notre siècle pour être entré dans le génie de ces « nations, et avoir conservé à la fille d'Asdrubal son véritable ca- ' « ractère. Ainsi, à la honte de nos jugements, celui qaï a surpassé « tous nos auteurs , et qui s'est peut-être ici surpassé lui-même à « rendre à ces grands noms tout ce qui leur étoit dû, n a pu nous « obliger à lui rendre tout ce que nous lui devions, asservis par la • coutume aux choses que nous voyons en usage, et peu disposés « par la raison à estimer des qualités et des sentiments qui ne s*ac- « commodent pas aux nôtres. » Œuvres de Saint-Évremond y t. U, P 449-
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leure pari de la mienn(3? (^iie vous flattez agréablement mes sentiments, quand vous coidirmez ce que j'ai avancé touchant la part que Tamour doit avoir dans les belles tragédies, et la fidélité avec laquelle nous devons conserver à ces vieux illustres ces caractères de leur temps, de leur nation , et de leur humeur! J'ai cru jusques ici que Tamour étoit une passion trop chargée de foiblesse pour être la dominante dans une pièce héroïque; j'aime qu'elle y serve d'ornement, et non pas de corps, et que les grandes âmes ne la laissent agir qu'autant qu elle est compatible avec de plus nobles impressions. Nos doucen^ux et nos enjoués sont de contraire avis : mais vous vous déclarez du mien; n'est-ce pas assez pour vous en ctre redevable au dernier point, et me dire toute ma vie ,
Monsieur,
Votre très humble cl trè^ obéissant serviteur,
P. Coi\Ni:iLi (•