SUR LES VICTOIRES DU ROI
p. CORNEILLE AU LECTEUR.
Quelque favorable accueil que Sa Majesté ait daigné faire à cet ouvrage, et quelques applaudissements que la Cour lui ait prodigués, je n'en dois pas faire grande vanité, puisque je n'en suis que le traducteur. Mais, dans une si belle occasion de faire éclater la gloire du Roi, je n'ai point considéré la mienne: mon zélé est plus fort que mon ambition; et, pourvu que je puisse satisfaire en quelque sorte aux devoirs d'un sujet fidèle et passionné, il m'importe peu du reste. Le public m'aura du moins l'obligation d'avoir déterré ce trésor, qui, sans moi, seroit demeuré enseveli sous la poussière d'un collège; et j'ai été bien aise de pouvoir donner par là quelques marques de reconnoissance aux soins que les PP. Jésuites ont pris d'instruire ma jeunesse et celle de mes enfants, et à l'amitié particulière dont m'ho-
* Imprimé en 1G67 et en 1669, in- 12.
aSa POÉSIES DIVERSES
nore Fauteur de ce panégyrique*. Je ne l'ai pas traduit si fidèlement, que je ne me sois enhardi plus d'une fois à étendre ou resserrer ses pensées: comme les grâces des deux langues sont différentes, j'ai cru à propos 4^ prendre cette liberté, afin que ce qui étoit excellent en latin ne devînt pas si insupportable en François ; vous en jugerez, et ne serez pas fâché que j'y aie fait joindre quelques autres pièces^, que vous avez déjà vues, sur le même sujet. L'amour naturel que nous avons tous pour les productions de notre esprit m'a fait espérer qu'elles se pourroient ainsi conserver Tune par l'autre, ou périr un peu plus tard.
* Le père de La Rue.
^ Ou les a vfingées suivant la date de l'année où elles QOt paru.
DE P. CORNEILLE. 33y
VICTOIRES DU KOI,