‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 2)Chapitre 51 sur 119 · SUR SON RETOUR DE FLANDRE · texte numérisé non relu

SUR SON RETOUR DE FLANDRE

Tu reviens, ô mon roi ! tout couvert de lauriers ; Les palmes à la ujain tu nous rends nos guerriers; Et tes peuples, surpris et charmés de leur gloire. Mêlent un peu d'envie à leurs chants de victoire.

Ils voudroient avoir vu comme eux aux champs de Mars Ton auguste fierté guider tes étendards.

Avoir dompté comme eux l'Espagne en sa milice, Réduit comme eux la Flandre à te faire justice. Et su mieux prendre part à tant de murs forcés. Que par des feux de joie et des vœux exaucés.

Nos muses à leur tour, de même ardeur saisies, Vont redoubler pour toi leurs nobles jalousies. Et ta France en va voir les merveilleux efforts Déployer à l'envi leurs plus rares trésors.

Elles diront quels soins, quels rudes exercices, Quels travaux assidus étoient lors tes délices, Quels secours aux blessés prodiguoit ta bonté, Quels exemples donnoit ton intrépidité.

Quels rapides succès ont accru ton empire, Et le diront bien mieux que je ne le puis dire.

s34 POÉSIES DIVERSES

C'est à moi de m en taire , et ne pas avilir

L'bôtineur de ces lauriers que tu viens de cu^llir.

De mon génie usé la chaleur amortie

A leur gloire immortelle est trop mal assortie;

Et défigureroit tes grandes actions

Par Tindigne attentat de ses expressions.

Que ae peuvent, grand roi, tes hautes destinées

Me rendre la vigueur de mes jeunes années !

Qu'ainsi qu'au temps du Cidje ferois de jaloux!

Mais j'ai beau rappeler un souvenir si doux,

Ma veine, qui '<jiarmoît akMrs tant ée balustres^

N'est plus qu'un vieux torrent qu'ont tari douze lustres ;

Et ce seroit 'en vain qu'aux miracle du temps

Je voudrois opposer l'acquis de quarante ans.

Au bout d'une carrière et si longue et si rude

On a trop peu d'haleine €t trop de lassitude;

A force de vieillir un auteur perd son rang;

.On croit ses vers glacés par la froideur du sang;

Leur dureté rebute, et leur poids inocmimode;

Et la seule tendresse est toujours à la mode.

Ce dégoût toutefois ni ma propre langueur Ne me font pas enocft tout-à-fait perdre oœur ; Et, dès que je vois jour sur b scène à te peindre. Il rallume aussitôt ce feu prêt à s'éteindre. Mais, comme au vif édat de t^ faits inouïs Soudain mes foibles yeux denieureiit «éblouis. J'y porte, au lieuse toi, ces héros dont la gloire Semble épuiser la fable et confondre l'histoire. Et, m'en faisant un voile entre la tienne et moi ; J'assure mes regards pour aller jusqu'à toi.

Ainsi (le ta splendeur mon idée enrichie En applique à leur front la clarté réfléchie, Et forme tous leurs traits sur le moindre des tiens, Quand je veux faire honneur aux siècles anciens. Sur mon théâtre ainsi tes vertus ébauchées Sèment ton yrand portrait par pièces détachées; Les plus sages des rois, comme les plus vaillants, Y reçoivent de toi leurs plus diynes brillants. J'emprunte, pour en faire une pompeuse imafje. En peu de ta conduite, un peu de ton courage; Et j étudie en toi ce grand art de régner, Qu a leur postérité je leur f.iis enseigner.

C est tout ce que des ans me peut souffrir la glace : Mais j'ai d'autres moi-même à servir en ma place, Deux fils dans ton arniée, vX dont Timicpie emploi Est d\ porter du sang à répandre pour toi :

Tous deux ils tacheront, dans Tardeur de te plaire, D'aller plus loin pour toi (pie le nom de leur p(îre; Tous deux, impatients de le mieux si;;naler.

Ils brûleront d agir, (piand je tremble à parler; Et ce feu qui sans cesse eux et moi nous consume Suppléera par Tépée au défaut de ma plume.

Pardonne, grand vain(pieur, à cet emportement : Le sang prend nialgré nous quelquefois son moment; D un père pour ses fils Tamour est légitime; Et j'ai droit pour les miens de garder quelque estime, Après qu'en leur faveur toi-même as bien voulu M'assurer que l'abord ne t'en a point déplu.

Le plus jeune a trop tôt re(;u d'heureuses marques D avoir suivi les pas du plus grand des monarques :

Mais 9 s'il a peu servi, si le feu des mousquets

Arrêta dès Douay ses plus ardents souhaits.

Il fait gloire du lieu que perça la tempête :

Ceux qu'elle atteint au pied ne cachent pas leur tête ;

Sur eux à ta fortune ils laissent tout pouvoir;

Ils s offrent tout entiers aux hasards du devoir.

De nouveau je m'emporte. Encore un coup pardonne Ce doux égarement que le sang me redonne; Sa flatteuse surprise aisément nous séduit; La pente est naturelle, avec joie on la suit; Elle fait une aimable et prompte violence, Dont pour me garantir je n ai que le silence.

Grand roi, qui vois assez combien j'en suis confiis, Souffre que je t'admire, et ne te parle plus.

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