‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 2)Chapitre 68 sur 119 · SUR SON MARIAGE · texte numérisé non relu

SUR SON MARIAGE

Prince, Tappui des lis, et Tamour de la France, Toi, dont au berceau même elle admira Tenfance, Et pour qui tous nos vœux s'efforçoient d'obtenir Du souverain des rois un si bel avenir, Aujourd'hui qu'elle voit tes vertus éclatantes Répondre à nos souhaits, et passer nos attentes. Quel supplice pour moi que lage a tout usé De n'avoir à t'offrir qu'un esprit épuisé !

D'autres y suppléront, et tout notre Parnasse Va s'animer pour toi de ce que j'eus d'audace, Quand sur les bords du Rhin, pleins de sang et d'effroi

* Avec Anne-Marie-Christine de Bavière, fille (\e l'rlf f tour Ferdinand-Marie, et d'IIenriette-Adélaïde de Savoie. F.

2g4 POÉSIES DIVERSES

Je fis suivre à mes vers notre invincible roi.

Ce cours impétueux de rapides conquêtes , Qui jeta sous ses lois tant de murs et de têtes , Sembloit nous envier dès-lors le doux loisir D'écrire le succès qu'il lui plaisoit choisir : Je m'en plaignis dès4ors ; et quoi que leur histoire A qui les écrîroit dât promettre de gloire ^ Je pardonnai sans peine au déclin de mes an»

Qui ne m'en laissoient pfus la force ni le temps ; J'eus même quelque joie à voir leur impuissance D'un devoir si pressant m'assurer la dispense; Et sans plus atteEter aux miracles (fivers Qui portent son grand nom au bout de l'univers, J'espérai dignement terminer ma carrière, Si j'en pouvois tracer quelque ébauche grossière Qui servît d un modèle à la postérité De vakur, dé ppud^Hige^ et d^iatrepidîté :

Mais, €om»e je tremblois de n'y pouvoir silffire» Il se lassa die Vttncre, et je temài é^éttit^ ; Et ma plume, anta^bée à> sui^vreses hsiutd fek^, Ainsi que ce héros adiev» pat* kr pâit «

La paix, ce grand ebef*-d'<»ft^nf » ôil ë^ hoMé suprême Pour triomphe dernier triomph» de kti-ûtémé, Il la fit, mais en msttre : il en dicta le» léie ; Il rendh, i) garda les plàcies à soti^ ehoi^ : Toujours grand, toujours joste, e«, peuwi kd àkrities Que répandoit par^^tout le bonheuv éer des antiës, Loin de se prévaloir de leurs brillants succès, De cette bonté seule il en crut tout l'excès ; Et l'éclat surprenait d'un vainqueur si modeste

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De mon feu presque éteint consuma Theureux reste.

Ne t'offense donc point si je t offre aujoui (rinii Un yénie épuisé, mais épuisé pour lui :

lu dois y prendre part; son trône, sa couronne, Cet amas de lauriers (pii par-tout IVnvironne, Tant de peuples réduits à rentrer sous sa loi, Sont autant de dépôts qu'il conserve pour toi; Et mes vers, à ses pas, enchaînant la victoire, Préparoient pour ta tête un rayon de sa jjloire.

Quelle gloire pour toi d'être choisi des cieux Pour digne successeur de tous nos demi-dieux! Quelle faveur du ciel de l'être à double titre D'un roi que tant d'états ont pris pour seul arbitre. Et d'avoir des vertus prêtes à soutenir Celles (pii le font craindre et qui le font bénir! C'est de tes jeunes ans ce que ta France espère Quand elle admire en toi Timage d'im tel père.

N'aspire pas pourtant à ses travaux gueniers : Où trouveras-tu, prince, à cueillir des lauriers, Des peuples à dompter, et des murs à détruire? Vois-tu des ennemis en état de te nuire?

Son bras ou sa valeur les a tous désarmés; S'ils ont tremblé sous l'un, l'autre les a charmés. Quelques lieux qu'il te plaise honorer de ta vue, Un respect amoureux y prévient ta veime; Tous les murs sont ouverts, tous les cœurs sont soumis, Et de tous ces vaincus il t'a fait des an}is.

A nos vœux les plus doux si tu veux satisfaire. Vois moins ce qu'il a fait que ce qu'il aime à faire : La paix a ses vertus, et tu dois y régler

Cette ardeur de lui plaire et de lui ressembler.

Vois quelle est sa justice, et quelle vigilance Par son ordre en ces lieux ramène labondance. Rétablit le commerce, et quels heureux projets Des charges de Tétat soulagent ses sujets ; Par quelle inexorable et propice tendresse Il sauve des duels le sang de sa noblesse ; Comme il punit le crime, et par quelle terreur Dans les cœurs les plus durs il en verse Thorreur. Par-tout de ses vertus tu verras quelque marque, Quelque exemple par-tout à faire un vrai monarque.

Mais sais-tu quel salaire il s'en promet de toi? Une postérité digne d un si grand roi, Qui fasse aimer ses lois chez la race future. Et les donne pour régie à toute la nature.

C'est sur ce digne espoir de sa tendre amitié Qu'il t'a choisi lui-même une illustre moitié. Ses ancêtres ont su de plus d'une manière Unir le sang de France à celui de Bavière; Et rheureuse beauté qui t'attend pour mari Descend ainsi que toi de notre grand Henri; Vous en tirez tous deux votre auguste origine, L'un par Louis le Juste, et l'autre par Christine, En degré tout pareil : ses aïeux paternels Firent avec les tiens ligue pour nos autels, Joigpirent leurs drapeaux contre le fier insulte '

* Insulte était encore du {);enre masculin , et ces vers du Lutrin de Boileau en sont la preuve:

Evrard seul , en un coin prudenuHCDt retire , Se croyait à couvert de l'insulte sacre.

DE P. CORNEILLE. 2C)'j

Que Tjiitlier et sa secte osoient faire au vrai culte; Et Prague du dernier vit les fameux exploits De Rome dans ses nuirs faire accepter les lois.

Us ont assez donné de Césars à TEmpire, Pour en donner encor, s'il en falloit élire; Et notre yraiid monarque est assez redouté Pour faire encor voler faille de leur côté.

Quel besoin toutefois de vanter leur noblesse Pour assurer ton conn' à la jeune princesse, Comme si ses vertus et Téclat de ses yeux A son mérite seul ne 1 assuroient pas mieux?

La grandeur de son ame et son esprit sublime S élèvent au-dessus de la plus baute estime; Son accueil, ses bontés, ont de quoi tout cliarmer; Et tu n'auras enfin qu à la voir pour Taimer.

Vois bénir en tous lieux 1 liymen qui te Taméne Des rives du Danube aux rives de la Seine, Vois-le suivi par-tout des grâces et des jeux; Vois la France à 1 envi lui porter tous ses vœux.

Je t en peindrois ici la ]>ompeuse alégresse : Mais pour s'y basaider il faut de la jeunesse. De quel front oserois-je, avec mes cbeveux gris, Ranger autour de toi les amours et les ris?

Ce sont de petits dieux enjoués , mais timides. Qui s'épouvanteroient dès qu'ils verroient mes rides; Et ne me point mêler à leur galant aspect C est te marquer mon zélé avec plus de respect.

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