EN L'ANNÉE
Je vous Tavois bien dit, ennemis de la France,
Que pour vous la victoire auroit peu de constance,
Et que de Philîsbourg à vos armes rendu
Le pénible succès vous seroit cher vendu.
A peine la campagne aux zéphyrs est ouverte,
Et trois villes déjà réparent notre perte;
Trois villes dont la moindre eût pu faire un état,
Lorsque chaque province avoit son potentat;
Trois Villes qui pouvoient tenir autant d années,
Si le ciel à Louis ne les eût destinées :
Et comme si leur prise étoit trop peu pour nous,
Mont-Cassel vous apprend ce que pèsent nos coups.
* Confesseur du roi, qui avait la feuille des bénëfîces.
Louis n'a qu a paroître, et vos murailles tombent; Il n'a qu a donner Tordre, et vos héros succombent : Et tandis que sa gloire arrête en d'autres lieux L'honneur de sa présence et TefFort de ses yeux, L ange de qui le bras soutient son diadème Vous terrasse pour lui par un autre lui-même; Et Dieu, pour lui donner un ferme et digne appui, Ne fait qu'un conquérant de Philippe et de lui.
Ainsi quand le soleil fait naître un parélie, La splendeur qu'il lui prête à la sienne s'allie; Leur hauteur est égale, et leur éclat pareil ; Nous voyons deux soleils qui ne sont qu'un soleil; Sous un double dehors il est toujours unique, Seal maître des rayons qu'à l'autre il communique; Et ce brillant portrait qu'illuminent ses soins Ne brilleroit pas tant s'il lui rossembloit moins.
Mais c'est assez, grand roi, c'est assez de conquêtes Laisse à d'autres saisons ('elles où tu t'apprêtes; Quelque juste bonheur qui suive tes projets.
Nous envions ta vue à tes nouveaux sujets.
Ils bravent tes drapeaux; tes canons les foudroient, Et pour tout châtiment tu les vois, ils te voient : Quel prix de leur défaite! et que tant de bonté Rarement accompagne un vainqueur irrité!
Pour nous, qui ne mettons notre bien qu'en ta vue. Venge-nous du long temps que nous l'avons perdue ; Du vol qu'ils nous en font viens nous faire raison; Uamène nos soleils dessus notre horizon.
Quand on vient d'entasser victoire sur victoire. In moment de repos fait mieux goûter la gloire:
Et, je te le redis, nous devenons jaloux De ceà mêmes bonheurs qui t*éloignent denous. S'il faut combattre encor, tu peux, de ton Versailles, Forcer des bastions et gagner des bataillesr; Et tes pareils, pour vaincre en ces nobles hasards, N'ont pas toujours besoin d y porter leurs regards. C'est de ton cabinet qu'il fout que tu contemples Quel fruit tes ennemis tirent de tes exemples, Et par quel long tissu d'illustres actions Ils sauront profiter de tes instructions*
Passez, héros, passez; venez courir nos plaines; Égalez en six mois l'effet de six semaines :
Vous seriez assez forts pour en. venir à bout. Si vous ne trouviez pas notre grand roi par-tout; Par-tout vous trouverez son ame et son ouvrage, Des chefs faits de sa main, formés de son courage, Pleins de sa haute idée, intrépides, vaillants. Jamais presque assaillis, toujours presque assaillants; Par-tout de vrais François., soldats dès leur enfance, Attachés au devoir, prompts à l'obéissance; Par-tout enfin des cœurs qui savent aujourd'hui Le faire par-tout craindre, et ne craindre que lui.
Sur le zélé, grand roi, de ces âmes -guerrières Tu peux te reposer du soin de tes frontières, Attendant que leur bras, vainqiteur de tes Flamands, Mêle un nouveau triomphe à tes délassements; Qu'il réduise à la paix la Hollande et l'Espagne, Que par un coup de maître il ferme ta campagne; Et que l'aigle jaloux n'en puisse remporter Que le sort des lions que tu viensde dompter.
DE P. COU.NEILLE. :>.«y
xVU ROI,
SI II LA V\l\ DE iG;cS
Ce nctoit pasassoz, {i;ra!i(l roi, (\\w la victoire A te suivre eu tous \wu\ uiît sa plus haute gloire; H falloit, pour (cnuor ces |;rau(ls évêu(Muents, Que la paix se tîut pvvic à tes eouuuaudeinerUs. A peiue parles-tu, qiu' sou obéissance Convainc tout 1 tniivers de ta toute-puissance. Et le soumet si bien à tout ce qu il te plaU, Qu'au plus fort de rora<;(^ un plein calnte renaît.
Une lijjue obstinée aux lureurs de la jjuerre Mntinoit contre^ toi piscpies à l An(^;let(îrre : Ses projets tout-à-coiip se soiU évanouis; Et pour toute raison, ainsi ii: vi.rr Louis. Ce n'est point une paix cpu' 1 iuipuissance arrache, Et dont rindi(;nité sous de faux jours se cache; Pour la donner à tons ne consulter que toi, C'est la résoudre en uiaitrc», et Tiiuposer en roi; Et c'est connue un tribut que tes vaincus te rendent, Sitôt qiH3 par pitié tes boutés le conunandent.
Prodi{je! ton seul oi'dre achève en un moment Ce qu'en sept ans Nimé(;ue a tenté vainement ; Ce que des dé|)utés la fameuses assemblée D'intérêts opposés trop souvejit ac câblée,
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Ce que n'espéroit plus aucun médiateur.
Tu le fais par toi-même , et le fais de hauteur.
On Fadmire avec joie; et, loin de t'en dédire, Tes plus fiers ennemis s'empressent d'y souscrire : Un zèle impatient de t avoir pour soutien Réduit leur politique à ne contester rien.
Ils ont vu tout possible à tes ardeurs guerrières; Et, sûrs que ta justice y mettra des barrières, Qu'elle se défendra de rien garder du leur.
Ils la font seule arbitre entre eux et ta valeur.
Qu'il t^épargne de sang, Espagne ! il te veut rendre Des villes qu'il faudroit tout un siècle à reprendre ; Il en est en Hainaut, en Flandre, que son choix, En t'imposant la paix, remettra sous tes lois : Mais au commun repos s'il fait ce sacrifice, En tous tes alliés il veut même justice, Et qu'aux lois qu'il se fait leurs intérêts soumis Ne laissent aucun lieu de plainte à ses amis.
O vous qu'il menacoit, et qui vous teniez prêtes A l'infaillible honneur d'être de ses conquêtes. Places dignes de lui, Mons, Namur, plaignesç-voys : La paix vous ôte un maître à préférer à tous ; Et Louis au vieux joug vous laisse condamnée^, Quand vous vous promettiez nos bonnes destinées.
Heureux au prix de vous Ypres et Saint-Omer ! Ils ont eu comme vous de quoi les alarmer; Ils ont vu comme vous leur campagne fumante Faire passer chez eux la faim et l'épouvante : Mais pour cinq ou six jours que ces maux ont duré. Us ont mon roi pour maître, et tout est réparé.
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Ainsi fait le bonheur de I J'jjypte inondée Du ^il impétueux la i'ureur débordée; Ainsi les mêmes flots cju elle fait re{;or<jer Enrichissent les champs (piil vient de ravager.
Consolez- vous pointant, places qu'il abandonne, Qu'il semble dédaijnier d'unir à sa couronne; (iharles, dont vous aui(»z à recevoir les lois, Voudra d'un si (jrand maître apprendre l'art des rois, Et vous verrez Teffort d(î sa plus noble étude S attacher à le suivre avec exactitude.
Magnanime Dauphin, n'en soyez point jaloux Si jamais on le voit s'élever jusqu'à vous ; Il pourra faire un jour ce que déjà vous faites, Etre un jour en vertus ce que déjà vous êtes : Mais exprimer au vif ce grand roi tout entier, C'est ce qu'on ne verra (pi en son digne héritier: Le privilège est grand, et vous serez l'unique A qui du juste ciel le choix le communique.
J'ailois vous oubliei", Hataves généreux, Vous (pii sans liberté ne sauriez vivre heureux, Et que l'illustre horreur d'un avenir funeste A fait de l'alliance ébranler tout le reste.
En ce grand cotq) d'état si long-temps balancé. Si tout ce reste suit, vous avez commencé; Et Louis, qui jamais n'en perdia la mémoire, Se promet de vous rendre à toute votre gloire. De rétablir chez vous l'entière hberté, Mais ferme, mais durable à la postérité.
Et telle qu'en dépit de leius destins sévères Vos aïeux opprimés l'acquirent à vos pères.
M'en désavoueras-tu, grand roi, si je le dis? Me pardonneras-tu , si par là je finis ?
Mille autres te diront que pour ce bien suprême, Vainqueur de toutes parts, tu t es vaincu toi-même; Us diront à Tenvi les bonheurs que la paix Va faire à gros ruisseaux pleuvoir sur tes sujets; Ils diront les vertus que vont faire renaître L'observance des lois et Texemple du maître.
Le rétablissement du commerce en tous lieux.
L'abondance par-tout répandue à nos yeux, Le. nouveau siècle d'or qu^assure ton empire, Et le diront bien mieux que je ne le puis dire.
Moi , pour qui ce beau siècle est arrivé si tard Que je n'y dois prétendre ou point ou peu de part; Moi, qui ne le puis voir qu'avec un œil d'envie Quand il faut que je songe à sortir de la vie; Je n'ose en ébaucher le merveilleux portrait, De crainte d'en sortir avec trop de regret.
AU ROI
Plaise au roi ne plus oublier Qu'il m'a depuis quatre ans promis unhénéficeS Et qu'il avoit chargé le feu père Ferrier
' Vers Tannée i68<^, le roi gratifia un des fils de Corneille de l'abbaye d'Aiguevive , près de Tours.
De choisir un moment propice, Qui put me donner lieu de l'en remercier :
Le père est mort, niiiis j ose croire
Que si toujours Sa Majesté
Avoit pour moi même bonté, Le père de La Chaise au roi t plus de mémoire,
Et le feroit mieux souvenir Qu'un grand roi ne promet (|ue ce qu'il veut tenir.