‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 2)Chapitre 70 sur 119 · LOUANGES · texte numérisé non relu

LOUANGES

DE LA SAINTE-VIERGE

Accepte notre hommii^e, et souffre nos louanges,

Lis tout céleste en pureté,

Rose d immortelle beauté, Vierge, mère de Thumble et maîtresse des anges; Tabernacle vivant du Dieu de Tunivers, Contre le dur assaut de tant de maux divers Donne-nous de la force, et prête-nous ton aide;

Kt jusqu'en ce vallon de pleurs Fais-en du liant du ciel d(\scendre le remède, Toi qui sais excuser les fautes des pécheurs.

vierge sans pareille», et de qui la réponse Mérita de |)orter et conçut Jésus-Christ, Sitôt que Gabriel t (Mit fait Theureuse annonce Qu'en un souffle sacré suivit le Saint-Ksprit; Vierge devant ta couche, et Vierge après ta couche, Montre en notre favciur (pie la pitié te touche, Qu'aucun refuge à toi ne se peut égaler; Et comme notre vie, en disgrâces fertile.

Durant son triste cours incessamment vacille, Incessamment aussi daigne nous consoler.

L'esprit humain se trouble au nom de vierge mère. L'orgueil de la raison en demeure ébloui; De la vertu d'en-haut ce chef-d'œuvre inoui Pour leurs vaines clartés est toujours un mystère : La foi, dont Thumble vol perce au-delà des cicux, Pour cette vérité trouve seule des yeux, Seule en dépit des sens, la connoit, la confesse; Et le cœur, éclairé par cette aveugle foi, Voit avec certitude, et soutient sans foiblesse, Qu'un Dieu pour nous sauvçr voulut naître de toi.

Prodige qui renverse et confond la nature!

Le père de sa fiUe est le fils à sop tour, Une étoile ici-bas met le soleil au joiir^ Le Créateur de tout naît d'une créature :

La source part ainsi de son propre ruisseau; L'ouvrier est produit par le méiQe vaisseau

Que sa main a formé de terre :

Et toujours vierge et mère, un accord éternel De ces deux noms en toi, qui par-tout sont en guerre, Fait grâce, et rend la vie à {homme criminel!

Que pures étoient les entraiUefi Où s'enferma ce fils qui tient tout en sa maip. Et qu« de sainteté rég^oit au dbaste sein

Que suça ce Dieu des batailles !

Que ce lait qu'il en prit fut dou^ et savoureux.

Et que serpit heureux Un cœur qui s'en verroit arrosé d'une goutl^! O mère qui peux tput, prends sojin de notre sort.

DE P. CORiSElLLE. 3o3

imide nos pas tremblants jusqu'au bout de leur route, Et sauve-nous des maux de 1 éternelle mort.

llose sans flétrissure et sans aucune épine,

Rose incomparable en fraîcheur,

Rose salutaire au pécheur, liose enfin toute belle, et tout-à-fait divine; La (jrace, dont jadis la prodijjalité Versa tous ses trésors sur ta fécondité, rs'a fait et ne fera jamais rien de semblable : Par elle on te voit reine et des cieux et des saints; l^ar elle sers ici de remède au coupable.

Et seconde Teffort de nos meilleurs desseins.

Que d'énigmes en TEcriture

T offrent sous un voile à nos yeux !

L'esprit qui la dicta sV plut en mille lieux A nous tracer lui-même et cacher ta peinture.

Le vieux et nouveau Testament Tous deux comme à Tenvi te nomment hautement

La première d'entre les femmes; Et cette préférence acquise à tes vertus, Comme elle a mis ton ame au-dessus de nos âmes, De nos périls aussi t'a su mettre au-dessus.

Avant que du Seigneur la sagesse profonde Sur la terre et les cieux daignât se déployer; Avant que du néant sa voix tirât le monde, Qu'à ce même néant sa voix doit renvoyer.

De toute éternité sa j^rudence adorable

3o4 POÉSIES DIVERSES

Te destina pour mère à son Verbe ineffable,

A ses anges pour reine, aux honunes pour appui;

Et sa bonté dès-lors élut ton ministère

Pour nous tirer du gouffi-e où notre premier père

Nous a d'un seul péché plongés tous avec lui.

Ouvre donc. Mère- vierge, ouvre Famé à la joie D'avoir remis en grâce et nous et nos aïeux : Toi-même applaudis-toi d'avoir ouvert les cieux. D'en avoir aplani, d'en avoir fiait la voie.

Les hôtes bienheureux de ces brillants palais T'offrent et t'of&iront tous ensemble à jamais Des hymnes d'alégresse et de reconnoissance; Et nous, que tu défçnds des ruses de l'enfer. Nous y joindrons l'efiFort de l'humaine impuissance, Pour obtenir comme eux le don d'en triompher.

Telle que s'élevoit du miUeu des abymes, .

Au point de la naissance, et du monde, et du temps,

Cette source abondante en flots toujours montants;

Qui des plus hauts rochers arrosèrent les cimes,

Telle en toi, du milieu de notre impureté,

D'un saint enfantement l'heureuse nouveauté

Élève de la grâce une source féconde;

Son cours s'enfle avec gloire, et ses flots qu'en tout lieu

Répand la charité dont regorge son onde,

Font en se débordant croître l'amour de Dieu.

Durant ces premiers jours qu'admiroit la nature, Ija vie avoit son arbre; et ses fruits précieux.

DE P. CORNEILLE. 3o5

Remplissant tout rÉdeii d'un air délicieux,

V nos premiers parents s'offroient pour nourriture.

Vinsi le difi^ne fruit que tes flancs ont porté

Kemplit tout Tunivers de sainte volupté,

Et s'offre chaque jour pour nourriture aux âmes;

Il n'est point d'arbre é{jal, et jamais il n'en fut,

Et jamais ne sera de plantes ni de femmes

Qui portent de tels fruits pour le conmmn salut.

Un fleuve qui sortoit du séjour des délices Arrosoit de plaisirs ce paradis naissant,

Et sur riiomme encore inno<:ent Rouloit avec ses flots 1 ijjnorance des vices : Vierge , ce même fleuve en ton cœur s'épandit. Quand, pour nous affranchir de ce qui nous perdit. Ton corps du fds de Dieu fut l'illustre demeure, La terre au grand auteur en rendit plus de fruit, La nature en reçut une face meilleure.

Et triompha dès-lors du vieux péché détruit.

Ce fils, comme son père, arbitre du tonnerre, Ce maître, comme lui, des hommes et des dieux. Ayant pour son palais un paradis aux cieux, Voulut pour sa demeure un paradis en terre :

Ce père tout-puissant IV forma de ton corps, Qu'il commit à garder ce trésor des trésors.

Dès qu'il te vit de lange agréer la visite :

Ainsi se commença notre rédemption; Ainsi tu donnas place au souverain mérite Qui nous dégage tous de la corruption.

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