‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 2)Chapitre 81 sur 119 · PSAUME L · texte numérisé non relu

PSAUME L

î^isrivie im'i\ Dcns, secunduni tnagnaju miseincordiani

tiinm.

Pn.'ue/ pilic^ tU* nioi, v^ei<;u(nu% Suivant ce (|u a d excès votre miséricorde;

Souffrez qu'en ma faveur son torrent se déborde, Et désarme votre rigueur.

Au lieu de ces punitions Que doit votre justice à mon ingratitude, Jetez sur mou péché toute la multitude

De vos saintes compassions.

Daignez de plus en plus laver De mes iniquités les infâmes souillures :

Vous avez commencé de guérir mes blessures;

Hâtez-vous, Seigneur, d'achever.

Je ne me trouve en aucuns lieux Où d'un si noir forfait l'image ne me tue, Et, de quelque côté que je porte la vue.

Elle frappe aussitôt mes yeux.

Je n'ai péché que contre vous ; ' Mais aussi j'ai péché. Seigneur, à votre face : Ainsi vous serez juste, et si vous faites grâce,

Et si vous jugez en courroux.

Que puis-je, après tout, que pécher?

Si c'est par le péché que j'ai vu la lumière, Et si c'est en péché que m'a conçu ma mère,

Par où puis-je m'en détacher?

C'est par cette seule bonté, Qui tire du pécheur l'aveu de sa fbiblesse,

Et qui m'a révélé ce que votre sagesse A de plus sainte obscurité.

Jusqu'en mon sein faites couler Ces eaux qui de blanchir ont le grand privilège ; (|uand j en serai lavé, la blancheur de la neige

ÎN aura point de quoi m'égaler.

Parlez, et me faites ouïr Ue si justes sujets de véritable joie, Que jus(|ue dans mes os mou oreille renvoie

De c[uoi toujours se réjouir.

Miiis pour cela. Seigneur, il faut Détourner vos regards do mes fautes passée^^, En rendre au dernier point les taches effacées,

Et purger le moindre défaut.

Ce n'est pas tout; il faut en moi Créer un cœur si pur, (pTil tienne famé pure; llenouveler en moi cet esprit de droiture

(^ui n'agit cpie sous votre loi.

Lorsque? vous iri aurez pardonné.

Ne me rejetez pas de devant votre face:

Et ne retirez pas lesjirit de votre grâce

Après me la voir redonné.

Rendez-moi ce divin transport Où s'élevoit ma joie en votre salutaire :

Cet esprit tout de feu, qui s'efforce à vous plaire, Et dont vous bénissez l'efFort.

J'enseignerai ces vérités Qui ramènent l'injuste à suivre la justice j Et je veux qu'à son tour mon exemple guérisse

Ceux que mon exemple a gâtés.

Sur-tout préservez-moi, Seigneur, De plus faire verser le sang de l'innocence; Et je dirai par-tout quelle est votre clémence

A justifier un pécheur.

Ouvrez mes lèvres, ô mon Dieu !

Que je puisse mêler ma voix aux voix des anges ; Et je ferai, comme eux, de vos saintes louanges

Mon plus doux objet en tout lieu.

Sur des autels fumants pour vous, Si vous l'aviez voulu, j'aurois mis des victimes : Mais l'holocauste enfin n'efiàce pas mes crimes.

N'éteint pas tout votre courroux.

Le sacrifice qui vous platt, C'est un esprit touché, des yeux fondus en larmes ; Le cœur humble et contrit vous arrache les armes,

Vous fait révoquer votre arréL

Que mes crimes n'empêchent pas Que pour votre Sion votre bonté n'éclate ;

llelevez-en l(\s iiiiirs, s'il laiit ([iTou les abatlc, IVotcMjcz-la dans les comljcils.

Vous (lai;;nor('z lors arccptcr Des taureaux iir.iuolcs le juste saerifice; Et 1 lioloeauste oUimI à voire amour propice

Ne s en v ( n\\ point rebuter.

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psAUMi: LUI.

/Avrs, /// noniinc (no sa/imnt niejac.

Ni vous ne voulez pas, scn.jjncur, qne je périsse,

En votie nom laites ma sûreté; Montrez voUc j)uissanee à me lendre justice.

Et déplovez votre J)onté.

Il m'en laut, lloi des rois, une assistance entière Daij;iiez ouïr la voix d'un malheureux;

Il ose pisjpi'à vous élever sa piière, Ne rejetez pas d Imndjies vceux.

I) un peiHde élran(;er ]'im|)itoval)le envie iM(» va réduire à péiii" en ces lieux;

En puissant eimemi cli(Mclie à m ôter la vie Sans vous avoir devant les yeux.

366 POÉSIES PIVERSES

Mais le cœur vfie le idit, leur r^ge forcepiée Succombera spus de plus justes coups;

Et cette ame, Seigneur, que vous m'avez donnée Verra son défepseur e|i vous.

Renversez leurç furieurs spr lei^rs cQ^pa|ble§ tête3 ;

Exterminez ces lâches eonefpiâ; Écrasez leur orgueil sous leurs propres tempêtes.

Suivant que vous Tavez pron^iç.

J'oserai vous oflFrir alors un sacriBce,

Et ferai voir à tout notre avenir Combien sert votre nom à qui lui rend service,

Et combien on le doit bénir.

Je dirai hautement : De toutes les misères Le Tout-Puissant ma si bien garanti,

Que j'ai vu trébucher les haines les plus fi|ères De tojaf le contraire parti.

PSAUME LXH.

Deu$y Deus meus, ad te de l^ce vigilo.

Dieu, que je reconnois paur l'auteur de mon être. De qui dépend mon avenir,

Sitôt que la lumière a comuicucé de naître, Je m'éveille pouj' te bénir.

Pour apaiser Fardeur qui desséche mon ame,

Sa soif n'a de recouis ([u'à toi ; Et ma chair que dévore une pareille flamme

Se fait une pareille loi.

Dans un climat sans eaux, sans liahitants, sans voie.

Devant toi je me suis offert, Pour mieux voir les vertus que ta bonté déploie,

Et ta yloire dans ce désert.

Cette bonté, Seijjneur, vaut mieux que mille vies,

Que mille emj)ires à-la-fois :

Nous t'en devons louer, et nos âmes ravies

Y vont unir toutes nos voix.

Puissé-je de mes jours n'employer ce qui reste

Qu'aux élo(;es d'un Dieu si bon, Et n élever les mains vers la voûte céleste

Que pour en exalter le nom !

Se puisse ainsi mon ame enivrer de ta f^race,

Et s'enrichir de tes présents.

Que ma joie à ma lan,«;ue en coûtera IVuidace

Jus([ues à la fin de mes ans !

Au milieu de la nuit, dans le fond de ma couche, J en veux prendre un soin amoiueux,

Et, dès le point du jour, mon esprit et ma bouche Béniront ton secours heureux.

En Tappui de ton bras, sous Tombre de tes ailes, J'ai mis mon bonheur souverain ;

Et mon ame attachée à tes lois éternelles A reçu Faide de ta main.

Mes ennemis ont vu dissiper leur poursuite;

Leur sang coulera sous Facier; Dans le sein de la terre ils cacheront leur fuite,

Ainsi que renards au terrier.

Mon trône est raffermi, ma joie est ranimée ;

Et tes huinbles adorateurs Feront gloire de voir la bouche ainsi fermée

Aux lâches calomniateurs.

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