‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 103 sur 278 · ACTE m, SCÈNE II. ai · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE II. ai

J ai vaincu par votre ordre, et vois avec surprise Que je n'en ai pour fruit qu une froide remise. Et quelque espoir douteux d obtenir votre choix Quand nous serons chez vousTun et l'autre en vrais rois.

Dites-moi donc, madame, aimiez-vous ma personne ^ Ou le pompeux éclat d'une double couronne ?

Et, lorsque vous prêtiez des forces à mon bras, Étoit-ce pour unir nos mains et nos états ?

Je vous l'ai déjà dit, que toute ma vaillance Tient d'un si grand secours sa gloire et sa puissance. Je saurai m'acquitter de ce qui vous est dû.

Et je vous rendrai plus que vous n'avez perdu : Mais comme en mon malheur ce favorable office En vouloit à mon sceptre, et non à Massinisse, Vous pouvez sans chagrin, dans mes destins meilleurs. Voir mcfH sceptre en vos mains, et Massinisse ailleurs. Prenez ce sceptre aimé pour l'attacher au vôtre; Ma main tant refusée est bonne pour une autre; Et son ambition a de quoi s'arrêter En celui de Syphax qu'elle vient d'emporter.

Si vous m'aviez aimé, vous n'auriez pas eu honte D'en montrer une estime et plus haute et plus prompte^ Ni craint de ravaler l'honneur de votre rang Pour trop considérer le mérite et le sang.

La naissance suffit quand la personne est chère. Un prince détrôné garde son caractère :

Mais, à vos yeux charmés par de plus forts appas. Ce n'est point être roi que de ne régner pas. Vous en vouliez en moi l'effet comme le titre ; Et, quand de votre amour la fortune est l'arbitre,.

2i4 SOPHONISBE.

Le mien, au-dessus d'elle et de tous ses revers, Beconnoit son objet dans les pleurs, dans les fers. Après m'être feit roi pour plaire à votre envie, Aux dépens de mon sang, au péril de ma vie.

Mon sceptre reconquis me met en liberté De vous laisser un bien que j'ai trop acheté; Et ce seroit trahir les droits du diadème.

Que sur le haut d'un trône être esclave moi-même. Un roi doit pouvoir tout; et je ne suis pas roi, S'il ne m'est pas permis de disposer de moi.

ÉHYXE.

II est beau de trancher du roi comme vous faites; Mais n'a-t-on aucun lieu de douter si vous l'êtes? Et n'est-ce point, seigneur, vous y prendre un peu mal, Que d'en faire l'épreuve au gendre d'Asdrubal? Je sais que les Romains vous rendront la couronne. Vous en avez parole, et leur parole est bonne; Ils vous nommeront roi : mais vous devez savoir Qu'ils sont plus libéraux du nom que du pouvoir; Et que, sous leur appui, ce plein droit de tout faire N'est que pour qui ne veut que ce qui doit leur plaire. Vous verrez qu'ils auront pour vous trop d'amitié Pour vous laisser méprendre au choix d'une moitié. Ils ont pris trop de part en votre destinée Pour ne pas l'affranchir d'un pareil hyménée; Et ne se croiroient pas assez de vos amis.

S'ils n'en désavouoient les dieux qui l'ont permis.

MâSSINISSE.

Je m'en dédis, madame; et s'il vous est facile

De garder dans ma perte un cœur vraiment tranquille,

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