‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 102 sur 278 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

ÉRYXE, MASSINISSE, BARCÉE.

ÉRTXE.

Comme avec vous, seigneur, je ne sus jamais feindre, Soufirez pour un moment que j'ose ici me plaindre. Non d'im amour éteint, ni d'un espoir déçu ,

* Scène froide, parcequ'elle ne change rien à la situation de la scène précédente, parcequ*un subalterne rapporte en subalterne un discours inutile de Tinutile Éryxe, et qu'il est fort indifférent que cette Éryxe ait prononcé ou non ce vers comique :

Le roi n*use pas mal de mon consentement.

212 SOPHONISBE

L'un fîut mal allumé, Tautre fut mal conçu.

Mais d'avoir cru mon ame et si foible et si basse^ Qu elle pût m'imputer votre hymen à disgrâce. Et d'avoir envié cette joie à mes yeux D'en être les témoins aussi bien que les dieux. Ce plein aveu promis avec tant de franchise Me préparoit assez à voir tout sans surprise; Et, sûr que vous étiez de mon consentement, Vous me deviez ma part en cet heureux moment. J'aurois un peu plus tôt été désabusée; Et, près du précipice où j'étois exposée, Il m'eût été, seigneur, et m'est encor bien doux D'avoir pu vous connoitre avant que d'être à vous. Aussi n'attendez point de reproche ou d'injure. Je ne vous nommerai ni lâche, ni parjure.

Quel outrage m'a fait votre manque de foi De me voler un cœur qui n'étoit pas à moi?

J'en connois le haut prix, j'en vois tout le mérite. Mais jamais un tel vol n'aura rien qui m'irrite; Et vous vivrez sans trouble en vos contentements, S'ils n'ont à redouter que mes ressentiments.

MASSINISSE

J'avois assez prévu qu'il vous seroit facile De garder dans ma perte un esprit si tranquille : Le peu d'ardeur pour moi que vos désirs ont eu Doit s'accorder sans peine avec cette vertu.

Vous avez feint d'aimer, et permis l'espérance ; Mais cet amour traînant n'avoit que l'apparence; Et, quand par votre hymen vous pouviez m'acquérir Vous m'avez renvoyé pour vaincre, ou pour périr.

Page 1