‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 119 sur 278 · ACTE IV, SCÈNE III. a · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III. a

Dès que Syphax parut, cet amour sans puissance....

MASSINISSE

J'étois lors en Espagne, et durant mon absence

Carthage la força d'accepter ce parti :

Mais à présent Carthage en a le démenti.

En reprenant mon bien j'ai détruit son ouvrage,

Et vous fais dès ici triompher de Carthage.

L^LIUS.

Commencer avant nous un triomphe si haut.

Seigneur, c'est la braver un peu plus qu'il ne faut. Et mettre entre elle et Rome une étrange balance. Que de confondre ainsi l'une et l'autre alliance , Notre ami tout ensemble et gendre d'Asdrubal. Croyez-moi, ces deux noms s'accordent assez mal; Et, quelque grand dessein qUe puisse être le vôtre, Vous ne pourrez long-temps conserver l'un et l'autre.

Ne vous figurez point qu'une telle moitié Soit jamais compatible avec notre amitié.

Ni que nous attendions que le même artifice Qui nous ôta Syphax nous vole Massinisse.

Nous aimons nos amis, et même en dépit d'eux Nous savons les tirer de ces pas dangereux.

Ne nous forcez à rien qui vous puisse déplaire.

Ne m'ordonnez donc rien que je ne puisse faire; Et montrez cette ardeur de servir vos amis, A tenir hautement ce qu'on leur a promis.

Du consul et de vous j'ai la parole expresse; Et ce grand jour a fait que tout obstacle cesse.

236 SOPHONISBE

Tout ce qui m'appartient me doit être rendu.

L^LIUS.

Et par où cet espoir vous est-il défendu?

MASSINISSE

Quel ridicule espoir en garderoit mon ame,

Si votre dureté me refuse ma femme ?

Est-il rien plus à moi, rien moins à balancer?

Et du reste par là que me faut-il penser?

Puis-je faire aucun fonds sur la foi qu'on me donne,

Et traité comme esclave attendre ma couronne?

L^LIUS.

Nous en avons ici les ordres du sénat,

Et même de Syphax il y joint tout Tétat':

Mais nous n^en avons point touchant cette captive;

Syphax est son époux, il faut qu'elle le suive.

MASSINISSE

Syphax est son époux ! et que suis-je, seigneur ?

LiELIUS.

Consultez la raison plutôt que votre cœur; Et voyant mon devoir, souffrez que je le fasse.

MASSINISSE

Chargez, chargez-moi donc de vos fers en sa place; Au lieu d'un conquérant par vos mains couronné,. Traînez à votre Rome un vainqueur enchaîné.

Je suis à Sophonisbe, et mon amour fidèle Dédaigne et diadème et liberté sans elle; Je ne veux ni régner ni vivre qu'en ses bras : Non, je ne veux....

L^LIUS.

Seigneur, ne vous emportez pas.

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