‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 12 sur 278 · SERTORIUS, ARISTIE · texte numérisé non relu

SERTORIUS, ARISTIE

ARISTIE'

Ne vous offensez pas si dans mon infortune Ma foiblesse me force à vous être importune; Non pas pour mon hymen, les suites d'un tel choix Méritent qu on y pense un peu plus d'une fois; Mats vous pouvez, seigneur, joindre à mes espérances Contre un péril nouveau nouvelles assurances ^. J'apprends qu'un infidèle, autrefois mon époux, Vient jusque dans ces murs conférer avec vous : L'ordre de son tyran, et sa flamme inquiète.

Me pourront envier l'honneur de ma retraite : L'un en prévoit la suite, et l'autre en craint l'éclat;

' Ce premier couplet d'Aristie n a pas toute la uetteté qui est absolument nécessaire au dialo^pie ; run et Vautre qui ont sa raison d*état contre sa retraite; Pompée qui veut se ressaisir par la violence dun bien quil ne peut voir ailleurs sans déplaisir. Ces phrases n'ont pas Fël^ance et le naturel que les vers demandent. Mais le plus |[rand défaut, ce me semble, c'est qu'Aristie ne Ue point une intrigue tragique ; elle ne sait ce qu elle veut ; elle est délaissée par son mari ; elle est indécise ; elle n'est ni assez animée par la vengeance, ni assez puissante pour se v^iger, ni assez touchée, ni assez héroïque.

* Ces phrases barbares, et le reste du discours d*Aristie, ne sont pas assurément tragiques; mais ce qui est contre l'esprit de la vraie tragédie, contre la décence aussi bien que contre la vérité de rhistoire, c'est une femme de Pompée qui s'en va en Aragon pour prier un vieux soldat révolté de l'épouser.

4o SERTORIUS.

Et tous les deux contre elle ont leur raison d'état. Je vous demande donc sûreté tout entière Contre la violence et contre la prière, Si par Tune ou par Tautre il veut se ressaisir De ce qu'il ne peut voir ailleurs sans déplaisir.

SERTORIUS

Il en a lieu, madame; un si rare mérite

Semble croître de prix quand par force on le quitte :

Mais vous avez ici sûreté contre tous.

Pourvu que vous puissiez en trouver contre vous,

Et que contre un ingrat dont Tamour fut si tendre,

Lorsqu'il vous parlera, vous sachiez vous défendre.

On a peine à haïr ce qu'on a bien aimé,

Et le feu mal éteint est bientôt rallumé.

ARISTIE

L'ingrat, par son divorce en faveur d'Emilie, M'a livrée au mépris de toute l'Italie.

Vous savez à quel point mon courage est blessé : Mais s'il se dédisoit d'un outrage forcé ', S'il chassoit Emilie, et me rendoit ma place, J'aurois peine, seigneur, à lui refuser grâce; Et, tant que je serai maîtresse de ma foi.

Je me dois toute à lui, s'il revient tout à moi.

SERTORIUS

En vain donc je me flatte; en vain j'ose, madame, Promettre à mon espoir quelque part en votre ame; Pompée en est encor l'unique souverain.

Tous vos ressentiments n'offrent que votre main;

* Lp mot de dédire semble petit et peu conveDable. Peut-être

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