ACTE IV, SCÈNE V
Ce peu que je vous dis est le dernier adieu.
Je ne vois rien de sûr que cette triste joie;
Ne me l'enviez plus, souffrez que je vous voie;
SoufiFrez que je vous parle, et vous puisse exprimer
Quelque part des malheurs où Ton peut m'abymer,
Quelques informes traits de la secrète rage
Que déjà dans mon cœur forme leur sombre image :
Non que je désespère : on m aime; mais, hélas !
On m'estime, on m'honore, et Ton ne me craint pas.
M'éloigner de vos yeux en cette incertitude.
Pour un cœur tout à vous c'est un tourment bien rude ;
Et, si j'en ose croire un noir pressentiment.
C'est vous perdre à jamais que vous perdre un moment.
Madame, au nom des dieux, rassurez mon courage; Dites que vous m'aimez, j'en pourrai davantage; J'en deviendrai plus fort auprès de Scipion : Montrez pour mon bonheur un peu de passion.
Montrez que votre flamme au même bien aspire; Ne régnez plus sur elle, et laissez-lui me dire....
SOPHONISBE
Allez, seigneur, allez; je vous aime en époux, Et serois à mon tour aussi foible que vous.
MASSINISSE
Faites, faites-moi voir cette illustre foiblesse; Que ses douceurs....
SOPHONISBE
Ma gloire en est encor maîtresse.
Adieu. Ce qui m'échappe en faveur de vos feux Est moins que je pe sens, et plus que je ne veux.
246 SOPHONISBE