‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 124 sur 278 · ACTE IV, SCÈNE V. a · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V. a

Mon amour, pour vous faire un destin si propice. Se prépare avec joie à ce grand sacrifice.

Si c'est vous bien servir, 1 honneur men suffira; Et si c est mal aimer, mon bras m en punira.

SOPHONISBE

Le trouble de vos sens dont vous n'êtes plus maître, ' Vous a fait oublier, seigneur, à me counoiti-e.

Quoi ! j irois mendier jusqu'au camp des Romains La pitié de leur chef qui m auroit en ses mains ? J'irois déshonorer, par un honteux hommage.

Le trône où j'ai pris place, et le sang de Carthage? Et Ton verroit gémir la fille d'Asdrubal Aux pieds de Fennemi pour eux le plus fatal?

Je ne sais si mes veux auroient là tant de force. Qu'en sa faveur sur Theure il pressât un divorce; Mais je ne me vois pas en état d obéir, S'il osoit jusque-là cesser de me haïr.

La vieille antipathie entre Rome et Carthage N'est pas prête à finir par un tel assemblage. Ne vous préparez point à rien sacrifier A Thonneur qu'il auroit de vous justifier.

Poui' effet de vos feux et de votre parole.

Je ne veux qu'éviter Taspect du Capitole ; Que ce soit par l'hymen ou pai* d'autres moyens, Que je vive avec vous ou chez vos citoyens, La chose m'est égale, et je vous tiendrai quitte. Qu'on nous sépare ou non, pourvu que je l'évite. Mou amour voudroit plus ; mais je régne sur lui. Et n'ai changé d'époux que pour prendre un appui.

Vous m'avez dcmaudé la faveur de ce titre

nU SOPHONISBE.

Pour soustraire mon sort à son injuste arbitre; Et, puisqu'à m'afiranchir il faut que j'aide un roi. C'est là tout le secours que vous aurez de moi. Ajoutez-y des pleurs, mélez-y des bassesses ; Mais laissez-moi, de grâce, ignorer vos foiblesses; Et, si vous souhaitez que TefFet m'en soit doux, Ne me donnez point lieu d'en rougir après vous. Je ne vous cèle point que je serois ravie D'unir à vos destins les restes de ma vie; Mais si Rome en vous-même ose braver les rois^ S'il faut d'autres secours, laissez-les à mon choix : J'en trouverai, seigneur; et j'en sais qui peut-être N'auront à redouter ni maîtresse ni maître :

Mais mon amour préfère à cette sûreté Le bien de vous devoir toute ma liberté.

MASSINISSE. '

Ah ! si je vous pouvois offrir même assurance, Que je serois heureux de cette préférence !

SOPHONISBE

Syphax et Laelius pourront vous prévenir. Si vous perdez ici le temps de l'obtenir.

Partez.

MASSINISSE

M'enviez-vous le seul bien qu'à ma flamme A souffert jusqu'ici la grandeur de votre ame?

Madame, je vous laisse aux mains de Laelius.

Vous avez pu vous-même entendre ses refus; Et mon amour ne sait ce qu'il peut se promettre De celles du consul, où je vais me remettre.

L'un et l'autre est Romain ; et peut-être en ce lieu

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