ACTE V, SCÈNE V
Et ce que mon espoir en a reçu d'outrage
N'a pu jusqu'à la plainte emporter mon courage.
Aucun de nos Romains sur mes ressentiments....
SOPHONISBE
Je ne demande point ces éclaircissements, Et m'en rapporte aux dieux qui savent toutes choses. Quand l'efFet est certain, il n'importe des causes. Que ce soit mon malheur, que ce soient nos tyrans, Que ce soit vous, ou lui, je l'ai pris, je le rends. Il est vrai que l'état où j'ai su vous le prendre N'est pas du tout le même où je vais vous le rendre : Je vous l'ai pris vaillant, généreux, plein d'honneur Et je vous le rends lâche, ingrat, empoisonneur; Je l'ai pris magnanime, et vous le rends perfide; Je vous le rends sans cœur, et l'ai pris intrépide; Je l'ai pris le plus grand des princes africains, Et le rends, pour tout dire, esclave des Romains.
ÉRTXE.
Qui me le rend ainsi n'a pas beaucoup d'envie Que j'attache à l'aimer le bonheur de ma vie.
SOPHONISBE
Ce n'est pas là, madame, où je prends intérêt. Acceptez y refusez, aimez-le tel qu'il est.
Dédaignez son mérite, estimez sa foiblesse; De tout votive destin vous êtes la maîtresse : Je la serai du mien, et j'ai cru vous devoir Ce mot d'avis sincère avant que d'y pourvoir. S'il part d'un sentiment qui flatte mal les vôtres, Laelius, que je vois, vous en peut donner d'autres;
a56 SOPHONISBE.
Souffrez que je l'évite, et que dans mon malheur Je m'ose de sa vue épargner la douleur >.