‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 145 sur 278 · SCÈNE ir · texte numérisé non relu

SCÈNE ir

VINIUS, OTHON.

Je crois que vous m'aimez, seigneur, et que ma fille Vous fait prendre intérêt en toute la famille.

' La pièce commence à faiblir dès cette seconde scène. On voit trop que la tragédie ne sera qu'une intrigue de cour, une cabale pour donner un successeur à Galba. Cest là de quoi fournir une douzaine de lignes à un historien , et quelques pages à des écrivains d'anecdotes ; mais ce n'est pas là un sujet de tragédie. Othon est beaucoup moins théâtral que Sophonisbe y et bien moins heureux encore que Sertorius, Agésilas, qui suit, est moins théâtral /Nicore qvL Othon, Le succès est presque toujours dans le sujet; ce

a8o OTHON.

Il en faut une preuve, et non pas seulement Qui consiste aux devoirs dont s'empresse un amant; Il la faut plus solide, il la faut d'un grand homme, D'un cœur digne en effet de commander à Rome. Il faut ne plus Taimer.

qui le prouve, c'est que Théodore y Sophonisbcy la Toison d'Or, Pertharitey Othon, Agésilas y Suréna ^ Pulchériey Bérénice ^ Attila , pièces que le public a proscrites, sont écrites à-pen-près du même style que Rodogune, dont on revoit le cinquième acte et quelques autres morceaux avec tant de plaisir. Ce sont quelquefois les mêmes beautés, et toujours les mêmes défauts dans rélocntion. Par-tout vous trouverez des pensées fortes et des idées alambiquées, de la hauteur et de la familiarité, de Tamour mêlé de politique, quelques vers heureux et beaucoup de mal faits , des raisonnements, des contestations, des bravades. Il est impossible de ne pas reconnaître la même main. D*où peut donc venir la différence du succès , si ce n*est du fond même du dessin ? Les défauts de style , qui ne se remarquent pas dans le beau spectacle du cinquième acte de Rodogune, se font sentir quand le sujet ne les couvre pas, quand Tesprit du spectateur refroidi a la liberté d'examiner la diction, Tinconvenance , Tirrégularité des phrases, les solécisme». Je sais bien qu'OEdipe était un très beau sujet ; mais ce n'est pas le sujet de Sophocle que Corneille a traité , c'est l'amour de Thésée et de Dircé mêlé avec la fable d'Œdipe ; c'est une froide politique jointe h un froid amour qui rend tant de pièces insipides. Une fille qui fait prendre intérêt en toute la famille; des devoirs dont s empresse un amant; Galba qui refuse son ordre h V effet de nos vœux; de Vair dont nous nous regardons; une vérité qu on voit trop manifeste ; du tumulte excité; Vitellius qui arrive avec sa force unie ; ce qu'il a de vieux corps; de qui se l'immola; ramener les esprits par un jeune empereur; il a remis exprès à tantôt et en résoudre ; il ira du côté de Lacus; ces grands jaloux; un œil bas; une princesse qui s'est mise à sourire : tout cela est, à la vérité, très défectueux. Le fond du discours de Vinius est raisonnable ; mais ce ^l'est pas assez.

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