‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 146 sur 278 · ACTE 1, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE II

OTHON

Quoi ! pour preuve d'amour....

VINIDS.

Il faut faire encor plus, seigneur, en ce grand jour; Il faut aimer ailleurs.

OTHON

Ah ! que m'osez- vous dire?

VINIUS.

Je sais qu'à son hymen tout votre cœur aspire; Mais elle, et vous, et moi, nous allons tous périr ; Et votre change seul nous peut tous secourir. Vous me devez, seigneur, peut-être quelque chose : Sans moi, sans mon crédit qu a leurs desseins j'oppose, Lacus et Martian vous auroient peu souffert ; Il faut à votre tour rompre un coup qui me perd , Et qui, si votre cœur ne s'arrache à Plautine, Vous enveloppera tous deux en ma ruine.,

OTHON

Dans le plus doux espoir de mes vœux acceptés, M'ordonner que je change ! et vous-même !

Écoutez. ^

L'honneur que nous feroit votre illustre hyménée Des deux que j'ai nommés tient l'ame si gênée. Que jusqu'ici Galba, qu'Us obsèdent tous deux, A refusé son ordre à l'effet de nos vœux.

L'obstacle qu'ils y font vous peut montrer sans peine Quelle est pour vous et moi leur envie et leur haine; Et qu'aujourd'hui, de l'air dont nous nous regardons, Ils nous perdront bientôt si nous ne les perdons.

282 OTHON

C'est une vérité qu'on voit trop manifeste; Et sur ce fondement, seigneur, je passe au reste. Galba, vieil et cassé, qui se voit sans enfants, Croit qu'on méprise en lui la faiblesse des ans, Et qu'on ne peut aimer à servir sous un maître Qui n'aura pas le temps de le bien reconnoitre. Il voit de toutes parts du tumulte excité.

Le soldat en Syrie est presque révolté.

Yitellius avance avec la force unie Des troupes de la Gaule et de la Germanie.

Ce qu'il a de vieux corps le souffre avec ennui; Tous les prétoriens murmurent contre lui.

De leur Nymphidius l'indigne sacrifice De qui se l'immola leur demande justice; Il le sait, et prétend par un jeune empereur Ramener les esprits, et calmer leur fureur.

Il espère un pouvoir ferme, plein, et tranquille. S'il nomme pour César un époux de Camille; Mais il balance encor sur ce choix d'un époux; Et je ne puis, seigneur, m'assurer que sur vous. J'ai donc pour ce grand choix vanté votre courage; Et Lacus à Pison a donné son suffrage.

Martian n'a parlé qu'en termes ambigus, Mais sans doute il ira du côté de Lacus ; Et l'unique remède est de gagner Camille.

Si sa voix est pour nous, la leur est inutile. Nous serons pareil nombre, et dans l'égalité, Galba pour cette nièce aura de la bonté.

Il a remis exprès à tantôt d'en résoudre. De nos têtes sur eux détournez cette foudre.

Page 1