‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 148 sur 278 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Savez-vous mieux que moi s'ils plairont à Camille?

OTHON

Et croyez-vous pour moi qu elle soit plus facile, Pour moi , que d'autres vœux....

VINIUS.

A ne vous rien celer, Sortant d avec Galba, j ai voulu lui parler; J'ai voulu sur ce point pressentir sa pensée; J'en ai nommé plusieurs pour qui je l'ai pressée. A leurs noms, un grand froid, un front triste, un œil bas, M'ont fait voir aussitôt qu'ils ne lui plaisoient pas : Au vôtre elle a rougi, puis s'est mise à sourire, Et m'a soudain quitté sans me vouloir rien dire. C'est à vous, qui savez ce que c'est que d'aimer, A juger de son cœur ce qu'on doit présumer.

OTHON

Je n'en veux rien juger, seigneur ; et sans Plautine L'amour m'est un poison, le bonheur m'assassine; Et toutes les douceurs du pouvoir souverain Me sont d'affreux tourments, s'il m'en coûte sa main.

VINIUS.

De tant de fermeté j'aurois l'ame ravie, Si cet excès d'amour nous assuroit la vie; Mais il nous faut le trône, ou renoncer au jour; Et quand nous périrons, que servira l'amour?

OTHON

A de vaines frayeurs un noir soupçon vous livre. Pison n'est point cruel et nous laissera vivre.

VINIUS.

Il nous laissera vivre, et je vous ai nommé !

a86 OTHON.

Si de nous voir dans Rome il n'est point alarmé p Nos communs ennemis, qui prendront sa conduite, En préviendront pour lui la dangereuse suite. Seigneur, quand pour Tempire on s'est vu désigner*, Il faut, quoi qu'il arrive, ou périr, ou régner. Le posthume Agrippa vécut peu sous Tibère; Néron n épargna point le sang de son beau-frère; Et Pison vous perdra par la même raison , Si vous ne vous hâtez de prévenir Pison.

Il n'est point de milieu qu'en saine politique....

OTHON

Et l'amour est la seule où tout mon cœur s'apjdique. Rien ne vous a servi, seigneur, de me nommer : Vous voulez que je régne, et je ne sais qu'aimer. Je pourrois savoir plus, si l'astre qui domine Me vouloit faire un jour régner avec Plautine; Mais dérober son ame à de si doux appas, Pour attacher sa vie à ce qu'on n'aime pas !

Eh bien ! si cet amour a sur vous tant de force, Régnez : qui fait des lois peut bien faire un divorce.

* Voilà des vers qui méritaient bien d'être remar<]ués. Voltaire a rendu moins heureusement, dans la Henriadcy une pensée à-peuprès semblable :

Quiconque a pu forcer son monarque à le craindre , A tout à redouter, s'il ne veut lout enfreindre.

Nous pourrions nous tromper, mais il nous semble qu'en parlant d'un sujet, on ne peut pas dire son monarque, comme on dirait son maître ou son souverain. P.

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