SCÈNE iir
PLAUTINE, VINIUS, OTHON.
PLAUTINE.
Non pas, seigneur, non pas : quoi que le ciel m envoie, Je ne veux rien tenir dWe. honteuse voie ; Et cette lâcheté qui me rendroit son cœur, Sentiroit le tyran, et non pas Tempereur.
A votre sûreté, puisque le péril presse.
J'immolerai ma flamme et toute ma tendresse; Et je vaincrai l'horreur d'un si cruel devoir*
' Cette troisième scène justifie déjà ce qu*on doit prévoir, que ce nest pas là une tragédie. Plautine écoutait à la porte, et elle vient interrompre son père pour dire , en vers durs et obscurs , qu elle ne voudrait point un jour épouser son amant, si cet amant marié à une autre ne pouvait revenir à elle que par un divorce. Non seulement c*est manquer à la bienséance, mais quel faible intérêt, quel froid sujet d'une scène, quune fille qui, sans être appelée, vient dire à son père, devant son amant, ce quelle ferait un jour, si ce froid amant voulait Tépouser en troisièmes noces! Elle serait, en effet, la troisième femme d*Othon, qui Tépouserait après avoir répudié Poppée et Camille.
* Vawicre Vhorreur d'un cruel devoir; ce quh ses désirs elle fait de violence, pour fuir les appas honteux dune espérance indigne; la vertu qui dompte et bannit lamour, et qui nen souffre quun vertueux retour : ce sont là des expressions qui affaibliraient les plus beaux sentiment».
288 OTHON
Poui' conserver le jour à qui me Ta fait voir : Mais ce qu'à mes désirs je fais de violence Fuit les honteux appas d'une indigne espérance; Et la vertu qui dompte et bannit mon amour N'en souffrira jamais qu'un vertueux retour.
OTHON
Ah ! que cette vertu m'apprête un dur supplice, Seigtieur ! et le moyen que je vous obéisse ? Voyez; et, s'il se peut, pour voir tout mon tourment, Quittez vos yeux de père, et prenez-en d'amant '.
VINIUS.
L'estime de mon sang ne m'est pas interdite;
Je lui vois des attraits, je lui vois du mérite;
Je crois qu'elle en a même assez pour engager,
Si quelqu'un nous perdoit, quelque autre à nous venger
Par là nos ennemis la tiendront redoutable;
Et sa perte par là devient inévitable.
Je vois de plus, seigneur, que je n'obtiendrai rifen^
Tant que votre cEil blessé rencontrera le sien.
Que le temps se va perdre en répliques frivoles;
Et pour les éviter j'achève en trois paroles.
Si vous manquez le trône, il faut périr tous trois.
Prévenez, attendez cet ordre à votre choix.
Je me remets à vous de ce qui vous regarde;
Mais en ma fille et moi ma gloire se hasarde ;
De ses jours et des miens je suis maître absolu;
Et j'en disposerai comme j'ai résolu.
' Ce vers ne prépare pas un intérêt tragique , et ce défaut revient souvent dans toutes ces dernières tragédies.