‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 149 sur 278 · SCÈNE iir · texte numérisé non relu

SCÈNE iir

PLAUTINE, VINIUS, OTHON.

PLAUTINE.

Non pas, seigneur, non pas : quoi que le ciel m envoie, Je ne veux rien tenir dWe. honteuse voie ; Et cette lâcheté qui me rendroit son cœur, Sentiroit le tyran, et non pas Tempereur.

A votre sûreté, puisque le péril presse.

J'immolerai ma flamme et toute ma tendresse; Et je vaincrai l'horreur d'un si cruel devoir*

' Cette troisième scène justifie déjà ce qu*on doit prévoir, que ce nest pas là une tragédie. Plautine écoutait à la porte, et elle vient interrompre son père pour dire , en vers durs et obscurs , qu elle ne voudrait point un jour épouser son amant, si cet amant marié à une autre ne pouvait revenir à elle que par un divorce. Non seulement c*est manquer à la bienséance, mais quel faible intérêt, quel froid sujet d'une scène, quune fille qui, sans être appelée, vient dire à son père, devant son amant, ce quelle ferait un jour, si ce froid amant voulait Tépouser en troisièmes noces! Elle serait, en effet, la troisième femme d*Othon, qui Tépouserait après avoir répudié Poppée et Camille.

* Vawicre Vhorreur d'un cruel devoir; ce quh ses désirs elle fait de violence, pour fuir les appas honteux dune espérance indigne; la vertu qui dompte et bannit lamour, et qui nen souffre quun vertueux retour : ce sont là des expressions qui affaibliraient les plus beaux sentiment».

288 OTHON

Poui' conserver le jour à qui me Ta fait voir : Mais ce qu'à mes désirs je fais de violence Fuit les honteux appas d'une indigne espérance; Et la vertu qui dompte et bannit mon amour N'en souffrira jamais qu'un vertueux retour.

OTHON

Ah ! que cette vertu m'apprête un dur supplice, Seigtieur ! et le moyen que je vous obéisse ? Voyez; et, s'il se peut, pour voir tout mon tourment, Quittez vos yeux de père, et prenez-en d'amant '.

VINIUS.

L'estime de mon sang ne m'est pas interdite;

Je lui vois des attraits, je lui vois du mérite;

Je crois qu'elle en a même assez pour engager,

Si quelqu'un nous perdoit, quelque autre à nous venger

Par là nos ennemis la tiendront redoutable;

Et sa perte par là devient inévitable.

Je vois de plus, seigneur, que je n'obtiendrai rifen^

Tant que votre cEil blessé rencontrera le sien.

Que le temps se va perdre en répliques frivoles;

Et pour les éviter j'achève en trois paroles.

Si vous manquez le trône, il faut périr tous trois.

Prévenez, attendez cet ordre à votre choix.

Je me remets à vous de ce qui vous regarde;

Mais en ma fille et moi ma gloire se hasarde ;

De ses jours et des miens je suis maître absolu;

Et j'en disposerai comme j'ai résolu.

' Ce vers ne prépare pas un intérêt tragique , et ce défaut revient souvent dans toutes ces dernières tragédies.

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