‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 15 sur 278 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

SoufFrez que je vous dise, afin que je m'explique^ Que quand j'aurois pour dot un million de bras, Je vous donne encor plus en ne Tachevant pas.

Si je réduis Pompée à chasser Emilie, Peut-il, Sylla régnant, regarder Tltalie?

Ira-t-il se livrer à son juste courroux?

Non, non; si je le gagne, il faut qu'il vienne à vous. Ainsi par mon hymen vous avez assurance Que mille vrais Romains prendront votre défense : Mais, si j'en romps l'accord pour lui rendre mes vœux, Vous aurez ces Romains et Pompée avec eux ; Vous aurez ces amis par ce nouveau divorce ; Vous aurez du tyran la principale force.

Son armée, ou du moins ses plus braves soldats. Qui de leur général voudront suivre les pas ; Vous marcherez vers Rome à communes enseignes. Il sera temps alors, Sylla, que tu me craignes. Tremble, et crois voir bientôt trébucher ta fierté, Si je puis t'enlever ce que tu m'as ôté.

Pour faire de Pompée un gendre de ta femme.

Tu Tas fait un parjure, un méchant, un infâme < : Mais, s'il me laisse encor quelques droits sur son cœur, Il reprendra sa foi, sa vertu, son honneur; Pour rentrer dans mes fers il brisera tes chaînes ; Et nous t'accablerons sous nos communes haines. J'abuse trop, seigneur, d'un précieux loisir : Voilà vos intérêts; c'est à vous de choisir.

' On ne doit jamais donner le nom d'infâme à Pompde ; et surtout Aristie, qui Faime encore, ne doit point le nommer ainsi.

46 SERTORIUS

Si votre amour trop prompt veut borner sa conquête, Je vous le dis encor, ma main est toute prête ^ Je vous laisse y penser : sur-tout souvenez-'vous Que ma gloire en ces lieux me demande un époux; Qu elle ne peut souffrir que ma fuite m'y range. En captive de guerre, au péril d'un échange, Qu elle veut un grand homme à recevoir ma foi ^; Qu après vous et Pompée il n en est point pour moi; Et que....

SERTO&IUS.

Vous le verrez, et saurez sa pensée.

▲ RISTIB.

Adieu, seigneur : j y suis la plus intéressée, Et j y vais préparer mon reste de pouvoir ^.

SERTORIUS

Moi, je vais donner ordre à le bien recevoir 4.

' Uanour de Sertoriii» n*est ni prompt ni lent ; car en effet il n*eii a point du tout, quoiqu'il ait dit quil est amoureux, pour être au ton du théâtre. Il faut avouer que les anciens Romains auraient été bien ëtonnés d'entendre reprocher à Sertorius un amour trop prompt.

* Ce vers n*est pas français, c'est un barbarisme : on dit bien, // est homme à recevoir sa foi; et encore ce n'est que dans le style familier. Il y a dans Pofyeucte, Vous nétes pas homme à la violenter; mais un grand homme h faire quelque chose ne peut se dire. Souvenez'vous quelle veut un grand homme est beau, mais tin grand homme k recevoir une foi ne forme point un sens; vouloir à est encore plus vicieux.

' On ne prépare point un pouvoir. Elle veut dire qu'elle va se préparer à regagner Pompée, ce qui n'est pas bien flatteur pour

^ C'est ainsi qu'on pourrait finir une scène de conu^e. Rien

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