SCÈNE IV
OTHON, PLAUTINE.
OTHON
Arrêtez donc, seigneur; Et, s'il faut prévenir ce mortel déshonneur.
Recevez-en l'exemple, et jugez si la honte ^...
' OthoD, qui veut se tuer ainsi au premier acte pour une crainte imaginaire, et pour une maîtresse, excite plutôt le rire que la terreur : rien n*e8t jamais plus mai reçu au théâtre qu'un désespoir mal placé , et qu'on n'attendait pas d*un homme qui n*a d'abord parlé que de politique. Ajoutons que cette scène entre Othon et Plautine est très faible. Je remarque que Plautine conseille ici à Othon précisément la même chose qu'Atalide à Bajazet : mais quelle différence de situation, de sentiments et de style! Bajazet est réellement en danger de sa vie, et Othon ne court ici qu'un danger chimérique. Plautine est raisonneuse et froide : Atalide est tou» chante , et a autant de délicatesse que d'amour. Enfin , ce qui est de la plus grande importance, les vers de Corneille ne valent rien, et ceux de Racine sont parfaits dans leur genre. Comparez, rien ne forme plus le goût, comparez aux vers d'Atalide ces vers de Plautine :
Et n'aspire qu*an bien d*aiiner et d'être aime'.... 8. 10
Î90 OTHON
PLAUTINE.
Quoi ! seigneur, à mes yeux une fureur si prompte ! Ce noble désespoir, si digne des Romains, Tant qu'ils ont du courage est toujours en leurs mains; Et pour vous et pour moi, fùt-il digne d'un temple. Il n'est pas encor temps de m'en donner l'exemple. Il faut vivre, et l'amour vous y doit obliger, Pour me sauver Un père, et pour me protéger.
Quand vous voyez ma vie à la vôtre attachée, Faut-il que malgré moi votre ame effarouchée Pour m'ouvrir le tombeau hâte votre trépas, Et m'avance un destin où je ne consens pas ?
OTHON
Quand il faut m'arracher tout cet amour de l'ame, Puis-je que dans mon sang en éteindre la flamme? Puis-je sans le trépas....
PLAUTINE.
Et vous ai-je ordonné
Qu'un tel ëpurement demande un grand courage*!... Et se croii mal aime, s'il n'en a l'assurance.... Et que de votre cœur vos yeux indépendants Triomphent comme moi des troubles du dedans.... Conservez-moi toujours l'estime et l'amitié'.
Cest le style, c'est la diction qui fait tout dans les scènes où If spectateur est assez tranquille pour réfléchir sur les vers ; et encore est-il nécessaire de ne point négliger la diction dans les situations les plus frappantes du théâtre: en un mot, il faut toujours bien écrire.
* Ces deux vers ne sont pas de Plantine, mais d'Othon; il est vrai qnr ceux de Plautine ne sont pas meilleurs. P.