ACTE II, SCÈNE I
Elle a voulu tout croire; et quelque retenue Qu'ait su garder Tamour dont elle est prévenue. On a vu, par ce peu qu'il laissoit échapper, Qu'elle prenoit plaisir à se laisser tromper; Et que si quelquefois Thorreur de la contrainte Forçoit le triste Othon à soupirer sans feinte, Soudain Tavidité de régner sur son cœur Imputoit à lamour ces soupirs de douleur.
PLAUTINE.
Et sa réponse enfin ?
FLAVIE
Elle a paru civile ; Mais la civilité n'est qu'amour en Camille, Comme en Othon l'amour n'est que civilité.
PLAUTINE.
Et n'a-t-elle rien dit de sa légèreté.
Rien de la foi qu'il semble avoir si mal gardée?
FLAVIE
Elle a su rejeter cette fâcheuse idée,
Et n'a pas témoigné qu'elle sût seulement
Qu'on l'eût vu pour vos yeux soupirer un moment.
PLAUTINE.
Mais qu a-t-elle promis ?
FLAVIE
Que son devoir fidèle Soivroit ce que Galba voudroit ordonner d'elle ; Et, de peur d'en trop dire et d'ouvrir trop son cœur, Elle l'a renvoyé soudain vers l'empereur.
Il lui parle à présent. Qu'en dites-vous, madame? Et de cet entretien que souhaite votre ame?
298 OTHON
Voulez-vous qu'on Taccepte, ou qu'il n'obtienne rien?
PLwiUTINE.
Moi-même, à dire vrai, je ne le sais pas bien. Comme des deux côtés le coup me sera rude, J aimerois à jouir de cette incertitude, Et tiendrois à bonheur le reste de mes jours De n'en sortir jamais , et de douter toujours.
FLAVIE
Mais il faut se résoudre, et vouloir quelque chose.
PLAUTINE.
Souffre sans m'alarmer que le ciel en dispose : Quand son ordre une fois en aura résolu , Il nous faudra vouloir ce qu'il aura voulu.
Ma raison cependant cède Othon à l'empire :
Il est de mon honneur de ne m'en pas dédire; Et, soit ce grand souhait volontaire ou forcé, Il est beau d'achever comme on a commencé.
Mais je vois Martian.