‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 155 sur 278 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

Elle a voulu tout croire; et quelque retenue Qu'ait su garder Tamour dont elle est prévenue. On a vu, par ce peu qu'il laissoit échapper, Qu'elle prenoit plaisir à se laisser tromper; Et que si quelquefois Thorreur de la contrainte Forçoit le triste Othon à soupirer sans feinte, Soudain Tavidité de régner sur son cœur Imputoit à lamour ces soupirs de douleur.

PLAUTINE.

Et sa réponse enfin ?

FLAVIE

Elle a paru civile ; Mais la civilité n'est qu'amour en Camille, Comme en Othon l'amour n'est que civilité.

PLAUTINE.

Et n'a-t-elle rien dit de sa légèreté.

Rien de la foi qu'il semble avoir si mal gardée?

FLAVIE

Elle a su rejeter cette fâcheuse idée,

Et n'a pas témoigné qu'elle sût seulement

Qu'on l'eût vu pour vos yeux soupirer un moment.

PLAUTINE.

Mais qu a-t-elle promis ?

FLAVIE

Que son devoir fidèle Soivroit ce que Galba voudroit ordonner d'elle ; Et, de peur d'en trop dire et d'ouvrir trop son cœur, Elle l'a renvoyé soudain vers l'empereur.

Il lui parle à présent. Qu'en dites-vous, madame? Et de cet entretien que souhaite votre ame?

298 OTHON

Voulez-vous qu'on Taccepte, ou qu'il n'obtienne rien?

PLwiUTINE.

Moi-même, à dire vrai, je ne le sais pas bien. Comme des deux côtés le coup me sera rude, J aimerois à jouir de cette incertitude, Et tiendrois à bonheur le reste de mes jours De n'en sortir jamais , et de douter toujours.

FLAVIE

Mais il faut se résoudre, et vouloir quelque chose.

PLAUTINE.

Souffre sans m'alarmer que le ciel en dispose : Quand son ordre une fois en aura résolu , Il nous faudra vouloir ce qu'il aura voulu.

Ma raison cependant cède Othon à l'empire :

Il est de mon honneur de ne m'en pas dédire; Et, soit ce grand souhait volontaire ou forcé, Il est beau d'achever comme on a commencé.

Mais je vois Martian.

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