‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 157 sur 278 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

MARTIAN

Que de votre seul choix Fempire va dépendre, Madame.

PLAUTINE.

Quoi! Galba voudroit suivre mon choix?

MARTIAN

Non : mais de son conseil nous ne sommes que trois : Et si pour votre Othon vous voulez mon suffrage, Je vous le viens offrir avec un humble hommage.

PLAUTINE.

Avec?

MARTIAN

Avec des vœux sincères et soumis, Qui feront encor plus si l'espoir m'est permis.

Quels vœux, et quel espoir?

MARTIAN

Cet important service, Qu'un si profond respect vous offre en sacrifice....

PLAUTINE.

Eh bien ! il remplira mes désirs les plus doux; Mais pour reconnoissance enfin que voulez-vous?

d'une passion trahie , et dans Texcès du malheur, s'emporter en reproches ; mais Plautine n a aucune raison de parler ainsi au premier ministre de Fempereur qui la demande en mariag^e : ce trait est contre la bienséance et contre la raison. Ce qui est bien plus extraordinaire, c*est que Martian, à qui Plautine fait le plus sangiant outrage, en lui reprçchant très mal à propos sa naissance, lui dise ensuite. Madame, encore un coup y souffrez que je vous aime. L*amour de ce ministre , les réponses de Plautine , et tout ce dialogue, révoltent et refroidissent. Ce n^est là ni peindre les hoBi-

3oo OTHON.

MARTIA5

La gloire d'être aimé.

PLAUTISE.

De qui?

MARTIAN

De vous, madame.

PLAUTINE.

De moi-même?

MARTIAK.

De vous : j ai des yeux; et mon ame....

PLAUTINE.

Votre ame, en me Élisant cette civilité >,

Devroit Taccompagner de plus de vérité.

On n a pas grande foi pour tant de déférence.

Lorsqu'on voit que la suite a si peu d'apparence.

L'offre sans doute est belle, et bien digne d'un prix;

Mais en le choisissant vous vous êtes mépris.

Si vous me connoissiez vous feriez mieux paroître....

MARTIAN

Hélas ! mon mal ne vient que de vous trop connoitre.

mes comme ils sont, ni comme Us doivent être, ni les faire parler comme ils doivent parler.

' Une ame qui fait une civilité; le mal qui vient h un vieux mi' nistre d'état ( et c'est le mal d*amour ) ; et Piaatine qui répond à ce ministre quil na point changé de visage ; et l'autre qui répliijae quil a r oreille du grand maître î

Que dire d'un tel dialogue ? On est obligé de faire un commentaire : que ce commentaire au moins serve à faire connaître qae son auteur rend justice ; il ne connaît aucune occasion où Ton doive déguiser la vérité. Plautine montre de la hauteur ; et si cette hauteur menait à quelque chose de tragique elle pourrait faire impression* Rwnarqnons encore que de la hauteur n*est pas de la grandeur^

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