ACTE II, SCÈNE V. 3i
Et moi-même je viens de Tobtenir pour lui.
CAMILLE
Vous en a-t-il prié? dites, ou si Tenvie....
LACUS
Un véritable ami n attend point qu'on le prie.
CAMILLE
Cette amitié me charme, et je dois avouer
Qu'Othon a jusqu'ici tout lieu de s'en louer.
Que rheureux contre-temps d'un si rare service....
LACUS
Madame....
CAMILLE
Croyez-moi , mettez bas l'artifice.
Ne vous hasardez point à faire un empereur.
Galba connoit l'empire, et je connois mon cœur : Je sais ce qui m'est propre; il voit ce qu'il doit faire^ Et quel priuce à Tétat est le plus salutaire. Si le ciel vous inspire, il aura soin de nous. Et saura sur ce point nous accorder sans vous.
LACUS
Si Pison vous déplaît, il en est quelques autres....
CAMILLE
N'attachez point ici mes intérêts aux vôtres. Vous avez de fesprit, mais j'ai de$ yeux perçants. Je vois qu'il vous est doux d'être les tout-puissants; Et je n'empêche point qu'on ne vous continue Votre toute-puissance au point qu'elle est venue; Mais quant à cet époux, vous me ferez plaisir De trouver bon qu'enfin je puisse le choisir. Je m'aime un peu moi-même, et n'ai pas grande envie
3i4 OTHON.
De vous sacrifier le repos de ma vie.
MARTIAN
Puisqu'il doit avec vous régir tout Tuirivers....
CAMILLE
Faut-il vous dire encor que j'ai des yeux ouverts? Je vois jusqu'en vos cœurs, et m'obstine à me taire; Mais je pourrois enfin dévoiler le mystère.
MARTIAN
Si l'empereur nous croit....
CAMILLE
Sans doute il vous croira; Sans doute je prendrai l'époux qu'il m'offrira, Soit qu'il plaise à mes yeux, soit qu'il me choque en Tarn Il sera votre maître, et je serai sa femme ; Le temps me donnera sur lui quelque pouvoir, Et vous pourrez alors vous en apercevoir.
Voilà les quatre mots que j'avois à vous dire. Pensez-y.