SCÈNE r
CAMILLE, ALBIANE.
CAMILLE
Ton frère te la dit, Albiane?
ALBIANE.
Oui, madame; Galba choisit Pison, et vous êtes sa femme, Ou, pour en mieux parler, lesclave de Lacus,
' L*intrigue n est pas ici plus intéressante et plus tragique qu'aaparavant. Cette confidente , qui apprend à sa maîtresse qu'elle va être femme de Pison, et que son amant Othon sera sacrifié, pourrait émouvoir le spectateur, si le péril d'Othon était bien certain; mais qui a dit à cette confidente qu'un jour Pison, étant César, se déferait d'Othon? Premièrement, Camille devrait apprendre son . mariage de la bouche de l'empereur, et non de celle d'une confidente ; et ce serait du moins une espèce de situation , une petite surprise, quelque chose de ressemblant à un coup de théâtre, si Camille , espérant d'obtenir Othon de l'empereur, recevait inopinément de la bouche de l'empereur l'ordre d'en épouser un autre.
Secondement , de longs discours d'une suivante , qui dit que les princesses doivent faire les avances y jetteraient du froid sur le rôle de Phèdre, et sur les tragédies d'Andromaque et dUphigéniCi
Troisièmement , s'il y a quelque chose d'aussi comique et d'aussi insipide qu'une suivante qui dit , cest la gène où réduit celles de
OTHON. 3i7
A moins d'un éclatant et généreux refus.
CAMILLE
Et que devient Othon ?
ALBIANE.
Vous allez voir sa tête De vos trois ennemis affermir la conquête, Je veux dire assurer votre main à Pison, Et Tempire aux tyrans qui font régner son nom. Car comme il n a pour lui qu'une suite d'ancêtres, Lacus et Martian vont être nos vrais maîtres ; Et Pison ne sera qu'un idole sacré* Qu'ils tiendront sur l'autel pour répondre à leur gré. Sa probité stupide autant comme farouche A prononcer leurs lois asservira sa bouche ; Et le premier arrêt qu'ils lui feront donner Les défera d'Othon qui les peut détrôner.
CAMILLE
dieux ! que je le plains !
ALBIANE.
Il est sans doute à plaindre, Si vous Tabandonnez à tout ce qu'il doit craindre ; Mais comme enfin la mort finira son ennui , Je crains fort de vous voir plus à plaindre que lui.
votre sorte.,.. Si je navois fait enhardir votre amant, il ne vous auroit pas parlé, etc.; c*e«t une princesse qui répond : Tu le crois donc quil m* aime? Le lecteur sent assez quun devoir qui paste du côté de r amour.... se faire en la cour un accès pour un plus digne amour; en un mot, tout ce dialogue n'est pas ce qu*on doit attendre dans une tragédie.
* Idole, depuis Corneille, a changé de genre, et n*est plus que du féminin. P.
3i8 OTHON.
CAMILLE
L'hymen sur un époux donne quelque puissance.
ALBIÀNE.
Octavie a péri sur cette confiance.
Son sang qui fume encor vous montre à quel destin
Peut exposer vos jours un nouveau Tigellin.
Ce grand choix vous en donne à craindre deux enseiubli
Et pour moi, plus j'y songe, et plus pour vous je trembi
CAMILLE
Quel remède, Albiane?
ALBIANE.
Aimer, et faire voir....
CAMILLE
Que Famour est sur moi plus fort que le devoir?
ALBIANE.
Songez moins à Galba qu a Lacus qui vous brave, Et qui vous fait encor braver par un esclave. Songez à vos périls; et peut-être à son tour Ce devoir passera du côté de l'amour.
Bien que nous devions tout aux puissances suprêmes, Madame, nous devons quelque chose à nous-mêmes, Sur-tout quand nous voyons des ordres dangereux, Sous ces grands souverains , partir d'autres que d'eux.
CAMILLE
Mais Othon m'aime-t-il?
ALBIANE.
S'il vous aime? ah, madame!
CAMILLE
On a cru que Plautine avoit toute son ame.