‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 169 sur 278 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

ALBIANE.

On Fa dû croire aussi, mais on s est abusé; Autrement, Vinius Tauroit-il proposé ?

Auroit-il pu trahir Tespoir d'en faire un gendre?

CAMILLE

En feignant de Taimer que pouvoit-il prétendre?

ALBIANE.

De s'approcher de vous, et se faire en la cour

Un accès libre et sûr pour un plus digne amour.

De Vinius par ]à gagnant la bienveillance.

Il a su le jeter dans une autre espérance,

Et le flatter d'un rang plus haut et plus certain.

S'il devenoit par vous empereur de sa main.

Vous voyez à ces soins que Vinius s'applique ,

En même temps qu'Othon auprès de vous s'explique^

CAMILLE

Mais à se déclarer il a bien attendu.

ALBIANE.

Mon frère jusque-là vous en a répondu.

CAMILLE

Tandis, tu m'as réduite à faire un peu d'avance^ A consentir qu'Albin combattit son silence; Et même Vinius, dès qu'il me l'a nonmié, A pu voir aisément qu'il pourroit être aimé.

ALBIANE.

c'est la gène où réduit celles de votre sorte La scrupuleuse loi du respect qu'on leur porte. Il arrête les vœux, captive les désirs.

Abaisse les regards, étouffe les soupirs,

320 OTHON

Dans le milieu du cœur enchaîne la tendresse;

Et tel est en aimant le sort d'une princesse,

Que, quelque amour qu'elle ait, et qu'elle ait pu donner,

Il feut qu'elle devine, et force à deviner.

Quelque peu qu'on lui die, on craint de lui trop dire;

A peine on se hasarde à jurer qu'on l'admire;

Et pour apprivoiser ce respect ennemi,

Il faut qu'en dépit d'elle elle s'offre à demi.

Voyezpvous comme Othon sauroit encor se taire,

Si je ne l'a vois fait enhardir par mon frère ?

CAMILLE

Tu le crois donc qu'il m'aime?

ALBIANE.

Et qu'il lui seroit doux Que vous eussiez pour lui l'amour qu'il a pour vous.

CAMILLE

Hélas ! que cet amour croit tôt ce quHl souhaite ! En vain la raison parle, en vain elle inquiète. En vain la défiance ose ce qu'elle peut; Il veut croire, et ne croit que parcequ'il le veut. Pour Plautine ou pour moi je vois du stratagème, Et m'obstine avec joie à m'aveugler moi-même. Je plains cette abusée, et c'est moi qui le suis Peut-être, et qui me livre à d'éternels ennuis : Peut-être, en ce moment qu'il m'est doux de te croire, De ses vœux à Plautine il assure la gloire :

Peut-être....

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