‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 177 sur 278 · OTHON,.CAMILLE, ALBIN, ALBIANE · texte numérisé non relu

OTHON,.CAMILLE, ALBIN, ALBIANE

CAMILLE

Vous pouvez voir par là mon ame toute entière, Seigneur; et je voudrois en vain la déguiser

'<■ Cette scène ttort du ton de la comédie ; mais Fimpression dcja reçue empêche le spectateur de voir de rëlévation dans un sujet qui, pendant près de trois actes, n*a presque rien eu de noble et de grand. Tous les discours artificieux que tient Othon pour se débarrasser de Tamour de Camille, toutes ses craintes de l'avenir, ne peuvent faire naitre d'autre sentiment que celui de Findifférence. Camille, à la fin de la scène, est jalouse de Plautine, mais elle est froidement jalouse. Othon ne peut guère intéresser personne en parlant de sa première femme Poppée, qui a été maîtresse de Néron. Camille peut-elle intéresser davantage en disant qaeile ne sait point faire valoir les choses, quW/e ne sait pas quel amour elle a pu donner; mais qu'O^/iO» aime à raisonner sur Vem' pire; elle ïy trouve assez fort, et même (Tune force h montrer qu il connoît ce que C empire a dt amorce?

Je crois que cet acte était impraticable. Tout manque, quand

33o OTHON.

Après ce que pour vous Tamour me &it oser.

Ce que Galba pour moi prend le soin de vous dire^...

OTHON

Quoi donc, madame ! Othon vous coùteroit Fempire?

Il sait mieux ce qu'il vaut, et n est pas d'un tel prix

Qu'il le faille acheter par ce noble mépris.

Il se doit opposer à cet effort d'estime

Où s'abaisse pour lui ce cœur trop magnanime ,

Et, par un même effort de magnanimité,

Rendre une ame si haute au trône mérité. /

D'un si parfait amour quelles que soient les causes....

CAMILLE

Je ne sais point, seigneur, faire valoir les choses : / Et, dans ce prompt succès dont nos cœurs sont charmés Vous me devez bien moins que vous ne présumez. Il semble que pour vous je renonce à l'empire, Et qu'un amour aveugle ait su me le prescrire.

rintérêt manque. Cest précisément ce que dit l'auteur de l'Histoire du Théâtre français *, à l'article Othon : La partie la plut nécessaire y manque; l'intérêt est Vame Jtune pièce y et le spectateur n'en prend ici pour aucun des personnages,

" Plaisante antorilé que celle de l'historien du Théâtre français poar jofcr Corneille , même dans ce qu'il a de plus faible ! En traitant le snjet d'Oc^i il est bien évident que ce grand homme n'avait pas en le projet de foire ue tragédie où, selon la loi trop générale qu'en fait Voltaire, il y eût des combau du cœur et des infortunes intéressantes. Il avait vonlu peindre des mœurs et des caractères fidèlement tracés ; et , dans cette partie , il est toi^oors na grand peintre. Il ne circonscrivait pas la tragédie dans un seul genre ; et Voltaire lui-même , qui n'avait fait , à ce qu'il avoue , sa tragédie du TVwmvirât que pour y appliquer des notes historiques , ne s'éloignait pas de cette façon de penser, et devait la pardonner à Corneille. Othon n*e9t susceptible que d'un seul intérêt, l'intérêt de curiosité. P.

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