‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 178 sur 278 · ACTE III, SCÈNE V. 33i · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V. 33i

Je vous aime, il est vrai; mais si Tempire est doux. Je crois m'en assurer quand je me donne à vous. .Tant que vivra Galba, le respect de son âge, Du moins apparemment, soutiendra son suffrage ; Pison croira régner : mais peut-être qu'un jour Rome se permettra de choisir à son tour.

A faire un empereur alors quoi qui Texcite, Qu elle en veuille la race, ou cherche le mérite. Notre union aura des voix de tous côtés, Puisque j en ai le sang, et vous les qualités. Sous un nom si fameux qui vous rend préférable. L'héritier de Galba sera considérable; On aimera ce titre en un si digne époux; Et l'empire est à moi si l'on me voit à vous.

OTHON

Ah, madame I quittez cette vaine espérance

De nous voir quelque jour remettre en la balance :

S'il faut que de Pison on accepte la loi,

Rome, tant qu'il vivra, n'aura plus d'yeux pour moi.

Elle a beau murmurer contre un indigne maître;

Elle en soufFre, pour lâche ou méchant qu'il puisse être.

Tibère étoit cruel, Caligule brutal,

Claude fbible, Néron en forfaits sans égal.

Il se perdit lui-même à force de grands crimes;

Mais le reste a passé pour princes légitimes.

Claude même, ce Claude et sans cœur et sans yeux,

A peine les ouvrit qu'il devint furieux ;

Et Narcisse et Pallas l'ayant mis en furie.

Firent sous son aveu régner la barbarie.

Il régna toutefois, bien qu'il se fit haïr,

33a OTHON.

Jusqu'à ce que Kéron se £àchât d'obéir;

Et ce monstre ennemi de la vertu romaine

N'a succombé que tard sous la commune haine.

Par' ce qu'ils ont osé, jugez sur vos refus

Ce qu'osera Pison gouverné par Lacus.

Il aura peine à voir, lui qui pour vous soupire.

Que votre hymen chez moi laisse un droit à l'empire.

Chacun sur ce penchant voudra faire sa cour;

Et le pouvoir suprême enhardit bien l'amour.

Si Néron qui m'aimoit osa m'ôter Poppée,

Jugez, pour ressaisir votre main usurpée,

Quel scrupule on aura du plus noir attentat

Contre un rival ensemble et d'amour et d'état

Il n'est point ni d'exil, ni de Lusitanie,

Qui dérobe à Pison le reste de ma vie;

Et je sais trop la cour pour douter un moment.

Ou des soins de sa haine, ou de l'événement.

CAMILLE

Et c'est là ce grand cœur qu'on croyoit intrépide ! Le péril, comme un autre, à mes yeux l'intimide! Et pour monter au trône, et pour me posséder. Son espoir le plus beau n'ose rien hasarder ! Il redoute Pison ! Dites-moi donc, de grâce.

Si d'aimer en lieu même on vous a vu l'audace, Si pour vous et pour lui le trône eut même appas, Êtes-vous moins rivaux pour ne m'épouser pas? A quel droit voulez-vous que cette haine cesse Pour qui lui disputa ce trône et sa maîtresse, Et qu'il veuille oublier, se voyant souverain, Que vous pouvez dans l'ame en garder le dessein?

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