ACTE V, SCÈNE II. SSg
Le seul ton de ma voix vous en inspire d'autres ;
Et tant que vous aurez ce rare et haut crédit.
Je n aurai qu'à parier pour être contredit.
Pison, dont Theureux choix est votre digne ouvrage,
Ne seroit que Pison s'il eût eu mon suffi^age.
Vous n'avez soulevé Martian contre Othon
Que parceque ma bouche a proféré son nom ;
Et verriez comme un autre une preuve assez claire
De combien notre avis est le plus salutaire,
Si vous n'aviez fait vœu d'être jusqu'au trépas
L'ennemi des conseils que vous ne donnez pas.
LACUS
Et vous, l'ami d'Othon, c'est tout dire; et peut-être Qui le vouloit pour gendre et l'a choisi pour maître Ne fait encor des vœux qu'en faveur de ce choix, Pour l'avoir et pour maître et pour gendre à-la-fois.
VINIUS.
J'étois l'ami d'Othon, et le tenois à gloire Jusqu'à l'indignité d'une action si noire, Que d'autres nommeront l'effet du désespoir Où l'a, malgré mes soins, plongé votre pouvoir. Je l'ai voulu pour gendre, et choisi pour l'empire ; A l'un ni l'autre choix vous n'avez pu souscrire. Par là de tout l'état le bonheur s'agrandit ; Et vous voyez aussi comme il vous applaudit.
GALBA
Qu'un prince est malheureux quand de ceux qu'il écoute Le zélé cherche à prendre une diverse route, Et que l'attachement qu'ils ont au propre sens Pousse jusqu'à l'aigreur des conseils différents !
36o OTHON.
Ne me trompé-je point? et puis-je nommer zèle Cette haine à tous deux obstinément fidèle , Qui peut-être, en dépit des maux qu elle prévoit, Seule en me$ intérêts se consulte et se croit? Faites mieux; et croyez, en ce péril extrême. Vous, que Lacus me sert, vous, que Vinius m'aime : Ne haïssez qu'Othon, et songez qu'aujourd'hui Vous n'avez à parler tous deux que contre lui.
VINIUS.
J'ose donc vous redire, en serviteur sincère. Qu'il fait mauyais pousser tant de gens en colère. Qu'il faut donner aux bons, pour s'entre-soutenir. Le temps de se remettre et de se réunir.
Et laisser aux méchants celui de reconnoitre Quelle est l'impiété de se prendre à son maître. Pison peut cependant amuser leur fureur.
De vos ressentiments leur donner la terreur, Y joindre avec adresse un espoir de clémence Au moindre repentir d'une telle insolence; Et, s'il vous faut enfin aller à son secours. Ce qu'on veut à présent on le pourra toujours.
LACUS
J'en doute, et crois parler en serviteur sincère. Moi qui n'ai point d'amis dans le parti contraire.
Attendrons^nous, seigneur, que Pison repoussé Nous vienne ensevelir sous l'état renversé.
Qu'on descende en la place en bataille rangée. Qu'on tienne en ce palais votre cour assiégée. Que jusqu'au Capitole Othon aille à vos yeux Pe l'empire usurpé rendre grâces aux dieux,