ACTE V, SCÈNE IL
Et que des bords du Nil les troupes rappelées Seules par leurs fureurs ne sont point ébranlées.
LACUS
Tous ces mutins ne sont que de simples soldats;
Aucun des chefs ne trempe en leurs vains attentats :
Ainsi ne craignez rien d'une masse d armée
Où déjà la discorde est peut-être allumée.
Sitôt qu'on y saura que le peuple à grands cris
Veut que de ces complots les auteurs soient proscrits,
Que du perfide Othon il demande la tête,
La consternation calmera la tempête ;
Et vous n'avez y seigneur, qu'à vous y faire voir
obscur, incorrect, auquel Corneille s*était accoutume; c'est qu'il •a*y a ni noblesse dans les sentiments , ni éloquence dans les discours, ni rien qui attache.
On a dit quelquefois que Corneille ne cherchait pas à faire de beaux vers; que la grandeur des sentiments Toccupait tout entier : mais il n*y a nulle grandeur dans aucune de ses dernières pièces ; et quant aux vers , il faut les faire excellents , ou ne se point mêler d*écrire. Cinna ne passe à la postérité qu*à cause de ses beaux vers ; ils sont dans la bouche de tous les connaisseurs. Le grand mérite de Corneille est d'avoir fait de très beaux vers dans ses première^! pièces, c'est-à-dire d'avoir exprimé de très belles pensées en vers corrects et harmonieux.
Galba dit, Eh bien! quelles nouvelles? Cet empereur, au lieu d'agir comme il le doit, demande ce qui se passe, comme un nouvelliste. Vinius lui donne le conseil de persister à ne rien faire ; conseil visiblement ridicule. Il lui dit : Un salutaire avis agit avec lenteur. Ce n'est pas certainement dans le moment d'une crise aussi forte y quand on proclame un autre empereur, que la lenteur est salutaire. Galba ne sait h quoi se déterminer, et se contente de We remarquer h sa nièce qu'il est triste de régner quand les mi-' fiistres d'état se contrarient.
358 OTHÔN.
Pour rendre d'un coup d'oeil chacun à son devoir.
GALBA
Irons-nous, Vinius, hâter par ma présence L'effet d'une si douce et si juste espérance?
VINIUS.
Ne hasardez, seigneur, que dans l'extrémité
Le redoutable effet de votre autorité.
Alors qu'il réussit, tout fait jour, tout lui cède;
Mais aussi quand il manque, il n'est plus de remède.
Il faut, pour déployer le souverain pouvoir,
Sûreté tout entière, ou profond désespoir;
Et nous ne sommes pas, seigneur, à ne rien feindre,
En l'état d'oser tout, non plus que de tout craindre.
Si l'on court au grand crime avec avidité,
Laissez-en ralentir l'impétuosité :
D'elle-même elle avorte, et la peur des supplices
Arme contre le chef ses plus zélés cpmplices.
Un salutaire avis agit avec lenteur.
LACUS
Un véritable prince agit avec hauteur :
Et je ne conçois point cet avis salutaire
Quand on couronne Othoq de le regarder faire.
Si l'on court au grand crime avec avidité,
Il en faut réprimer l'impétuosité
Avant que les esprits qu'un juste effroi balance
S'y puissent enhardir sur notre nonchalance.
Et prennent le dessus de ces conseils prudents,
Dont on cherche l'effet quand il n'en est plus temps*
VINIUS.
Vous détruirez toujours mes conseils par les vôtres;