‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 223 sur 278 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

£t ma félicité dépend toute de vous.

COTYS.

Vous me pouvez donner Fobjet qui me possède.

SPITRIDATE.

Vous me pouvez donner celui de tous mes vœux : Elpinice me charme.

GOTYS.

Et si je vous la cède?

SPITRIDATE.

Je céderai de même Âglatide à vos feux.

COTYS.

Aglatide, seigneur ! Ce n'est pas là m'entendre, Et vous ne feriez rien pour moi.

SPITRIDATE.

Ne vous devez-vous pas à Lysander pour gendre?

COTYS.

Oui; mais Famour ici me fait une autre loi.

SPITRIDATE.

L'amour ! il n'en faut point écouter qui le blesse,

Et qui nous ôte son appui.

L échange des deux sœurs n a rien qui l'intéresse,

Nous n'en serons pas moins à lui ; Mais de porter ailleurs la main qui leur est due, Seigneur, au dernier point ce sera l'irriter,

Et, sa protection perdue,

N'avons^nous rien à redouter?

COTYS.

Si je n'en juge mal, sa faveur n'est pas grande.

4oo AGÉSILAS.

Seigneur, auprès d'Agésilas; Il n obtient presque rien de quoi qu'il lui demande.

SPITRIDATE.

Je vois qu'assez souvent il ne Fécoute pas :

Mais pour un différent frivole,

Dont nous ignorons le secret, Ce prince avoueroit-il un amour indiscret

D'un tel manquement de parole?

Lui qui lui doit son trône, et cet illustre rang D'unique général des troupes de la Grèce, Pourroit-il le haïr avec tant de bassesse, Qu'il pût autoriser le mépris de son sang?

Si nous manquons de foi, qu'aura-'t-il lieu de croire? En am4ons-nous pour lui plus que pour Lysander? Pensez-y-bien, seigneur, avant qu'y hasarder

Nos sûretés, et votre gloire.

COTYS.

Et si ce différent, que vous craignez si peu, Lui fait pour notre hymen refuser un aveu?

SPITRIDATE.

Ma sœur n'a qu'à parler, je m'en tiens sûr par elle.

COTYS.

Seigneur, l'aimeroit-il?

Il la trouve assez belle, Il en parle avec joie, et se plaît à la voir : Je tâche d'affermir ces douces apparences ;

Et si vous voulez tout savoir.

Je pense avoir de quoi flatter mes espérances. Prenez-y part, seigneur, pour l'intérêt commun.

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