‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 23 sur 278 · ACTE II, SCÈNE II. 6i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II. 6i

C'en est un qu'aucun art ne sauroit déguiser. Ne m'honorez donc plus jusqu'à me faire injure ; Puisque vous le voulez, soyez ma créature; Et, me laissant en reine ordonner de vos vœux. Portez-les jusqu'à moi, parceque je le veux.

Pour votre Perpenna, que sa haute naissance N'afFranchit point encor de votre obéissance, Fùt-il du sang des dieux aussi bien que des rois, Ne lui promettez plus la gloire de mon choix. Rome n'attache point le grade à la noblesse.

Votre grand Marins naquit dans la bassesse ; Et c'est pourtant le seul que le peuple romain Ait jusques à sept fois choisi pour souverain. Ainsi pour estimer chacun a sa manière ' :

Au sang d'un Espagnol je ferois grâce entière * , Mais parmi vos Romains je prends peu garde au sang, Quand j'y vois la vertu prendre le plus haut rang. Vous, si vous haïssez comme eux le nom de reine. Regardez-moi, seigneur, comme dame romaine ^ :

' Ainsi pour estimer cliacun a ta manière ,

est trop familier, et ia manière pour estimer est aussi bas que peu français.

* Au sang cTun Espagnol je ferois grâce entière ,

ne dit point ce qu elle veut dire ; elle entend que ce serait faire une grâce à un Espagnol que de Tëpouser. Faire grâce entière, c'est ne point pardonner à demi.

' Elle ne doit point dire à Sertorius qu*il peut haïr le trône, après que Sertorius lui a dit qu*il déshonorerait le trône , s*il osait aspirer k elle. Tous ces raisonnements sur le trône semblent trop le contredire^ tantôt le trône de Viriate dépend de Sertorius, tantôt Sertorius est au-dessous du trône, tantôt il hait le trône, tan-

62 SERÏORIUS.

Le droit de bourgeoisie à nos peuples donné Ne perd rien de son prix sur un front couronné. Sous ce titre adoptif , étant ce que vous êtes, Je pense bien valoir une de mes sujettes ; Et, si quelque Romaine a causé vos refus, Je suis tout ce qu elle est, et reine encor de plus. Peut-être la pitié d'une illustre misère....

SERTORIUS

Je vous entends, madame, et, pour ne vous rien taire, J'avouerai qu Aristie....

VIRIATE

Elle nous a tout dit; Je sais ce qu elle espère et ce qu'on vous écrit. Sans y perdre de temps, ouvrez votre pensée.

SERTORIUS

«Au seul bien de la cause elle est intéressée : Mais puisque, pour ôter TEspagne à nos tyrans, Nous prenons, vous et moi, des chemins différents, De grâce, examinez le commun avantage, Et jugez ce que doit un généreux courage.

Je trahirois, madame, et vous et vos états.

De voir un tel secours, et ne l'accepter pas "^ : Mais ce même secours deviendroit notre perte,

tôt Viriate veut faire respecter son trône; mais quand même il y aurait de la justesse dans ces dissertations, il y aurait toi^ours trop de froideur. Presque tous ces raisonnements sont £au^ : ils auraient besoin du style le plus élégant et le plus noble pcfir être tolérés ; mais malheureusement le style est guindé , obscur, -Spuvent bas, et hérissé de solécismes et de barbarismes*. ' Je trahirois de voir est un solécisme.

* Voltaire affecte toajoar« d'oublier le temps où CoroeiUe écrivait. P.

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