ACTE II, SCÈNE V. 4i
• COTYS.
Ah ! s^il y va de votre gloire.
Ma parole est donnée, et dussé-je en mourir.
Je la tiendrai, seigneur, jusqu'au dernier soupir; Mais, quoi que la surprise ait pu vous feire croire,
N'accusez point Agésilas D'un crime de mon cœur que même il ne sait pas. Mandane, qui m'ordonne à vos yeux de le dire. Vous montre assez par là quel souverain empire
L'amour lui donne sur ce cœur.
Ne considérez point si j'aime ou si Ton m'aime; En matière d'honneur ne voyez que vous-même, Et disposez de moi comme veut cet honneur.
LTSANDER.
L'amour le fera mieux; ce que j'en viens d'apprendre M'offre un sujet de joie où j'en voyois d'ennui :
Épouser la sœur de mon gendre
C'est le devenir comme lui.
Aglatide d'ailleurs n'est pas si délaissée Que votre exemple n'aide à lui trouver un roi ; Et, pour peu que le ciel réponde à ma pensée, Ce sera plus de gloire et plus d'appui pour moi. Aussi ferai-je plus : je veux que de moi-même Vous teniez cet objet qui vous fait soupirer; Et Spitridate, à moins que de m'en assurer.
N'obtiendra jamais ce qu'il aime.
Je veux dès aujourd'hui savoir d'Agésilas S'il pourra consentir à ce double hyménée,
Dont ma parole étoit donnée.
4i4 AGÉSILAS.
Sa haine apparemment ne m'en avouera pas :
Si pourtant par bonheur il m en laisse le maître, J'en userai, seigneur, comme je le promets; Sinon, vous lui ferez connoitre Vous-même quels sont vos souhaits.
COTYS.
Ah! que Mandane et moi n avons-nous mille vies,
Seigneur, pour vous les immoler ! Car, je ne saurois plus vous le dissimuler.
Nos âmes en seront également ravies.
Souffrez-lui donc sa part en ces ravissements. Et pardonnez, de grâce, à mon impatience....
LTSANDER.
Allez : on m'a vu jeune, et par expérience
Je sais oe qui se passe au cœuir des vrais amants.