ACTE II, SCÈNE VI. 4iS
Ce n'est qu en vouloir faire un ennemi secret. Je veux me 1 acquérir ; je veux, s'il m'est possible, A force d'amitiés si bien le ménager,
Que, quand je voudrai me venger,
J'en tire un secours infaillible.
Ainsi je flatte ses désirs.
J'applaudis, je dé£àre à ses nouveaux soupirs,
Je me fais l'auteur de sa joie, Je sers sa passion, et sous cette couleur Je m'ouvre dans son ame une infaillible voie A m'en faire à mon tour servir avec dlialeur.
CLÉON
Oui ; mais Agésilas, seigneur, aime Mandane, Du moins toute sa cour ose le deviner; Et promettre à Cotys cette illustre Persane, C'est lui promettre tout pour ne lui rien donner.
LTSANDER.
Qu'à ses vœux mon tyran l'accorde ou la refuse,
De la manière dont j'en use ,
Il ne peut m'ôter son appui; Et de quelque façon que la chose se passe.
Ou je fais la première grâce.
Ou j'aigris puissamment ce rival contre lui.
J'ai même à souhaiter que son feu se déclare. Comme de noire Sparte il choquera les lois.
C'est une occasion que lui-même il prépare.
Et qui peut la résoudre'à mieux choisir ses rois. Nous avons trop long-temps asservi sa couronne
A la vaine splendeur du sang; Il est juste à son tour que la vertu la donne ,
4i6 AGÉSILAS.
Et que le seul mérite ait droit à ce haut rang. Ma ligue est déjà forte, et ta harangue est prête
A faire éclater la tempête, Sitôt qu'il aura mis ma patience à bout :
Si pourtant je voyois sa haine enfin bornée Ne mettre aucun obstacle à ce double hyménée, Je crois que je pourrois encore oublier tout. En perdant cet ingrat, je détruis mon ouvrage; Je vois dans sa grandeur le prix de mon courage, Le fruit de mes travaux, TefFet de mon crédit. Un reste d amitié tient mon ame en balance; Quand je veux le haïr je me fais violence.
Et me force à regret à ce que je t'ai dit.
Il faut, il &ut enfin qu avec lui je m explique,
Que j'en sache qui peut causer Cette haine si lâche, et qu'il rend si publique. Et fasse un digne effort à le désabuser.
GLÉON.
Il n'appartient qu'à vous de former ces pensées; Mais vous ne songez point avec quels sentiments
Vos deux filles intéressées
Apprendront de tels changements.
LTSANDER.
Aglatide est d'humeur à rire de sa perte;
Son esprit enjoué ne s'ébranle de rien :
Pour l'autre, elle a de vrai l'ame un peu moins ouverte,
Mais elle n'eut jamais de vouloir que le mien.
Ainsi je me tiens sûr de leur obéissance.
GLÉON.
Quand cette obéissance a fait un digne choix,