‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 234 sur 278 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

LYSANDER, ELPINICE, AGLATIDE.

LYSANDER

J'apprends avec quelque surprise.

Mes filles, qu'on vous manque à toutes deux de foi ; Cotys aime en secret une autre qu'Elpinice,

Spitridate n'en £aiit pas moins.

ELPINICE.

Si l'on nous &it quelque injustice, Seigneur, notre devoir s'en remet à vos soins ; Je ne sais qu'obéir.

AGLATIDE.

J'en sais donc davantage; Je sais que Spitridate adore d'autres yeux; Je sais que c'est ma sœur à qui va cet hommage, Et quelque chose encor qu'elle vous diroit mieux.

ELPINICE.

Ma sœur, qu'aurois-je à dire?

AGLATIDE.

A quoi bon ce mystère ?

Dites ce qu'à ce nom le cœur vous dit tout bas. Ou je dirai tout haut qu'il ne vous déplaît pas.

4i8 AGÉSILAS.

ELPINICE.

Moi, je pourrois Taimer, et sans l'ordre d'un père?

Vous ne savez que c'est d'aimer ou de haïr.

Mais vous seriez pour lui fort aise d'obéir.

ELPINICE.

Qu'il faut soufFrir de vous» ma sœur 1

AGLATIDE.

Le grand supplice De voir qu'en dépit d'elle on lui rend du service !

LTSANDER.

Rendez-lui la pareille. Aime-t-elle Cotys?

Et s'il falloit changer entre vous de partis....

AGLATIDE.

Je n'ai pas besoin d'interprète.

Et vous en dirai plus, seigneur, qu'elle n'en sait. Cotys pourroit me plaire, et plairoit en effet, Si pour toucher son cœur j 'étuis assez^ b^n faite;. Mais je suis fort trompée, ou cet illustre cœur

N'est pas plus à moi qu'à ma sœur.

LTSANDEiU

Peut-être ce malheur d'assez près %e menace.

AGLATIDE.

J'en connois plus de vingt qui mourroient en ma place, Ou qui sauroient du moins hautement quereUer

L'injustice de la fortune; Mais pour moi, qui n'ai. pas ui^e ame si commune,

Je sais l'art de m'en consoler.

Il est d'autres rois dans l'Asie Qui seront trop heureux de p;cendre v^tare appui;

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