ACTE III, SCÈNE I
Et j'y verrois encor mes ordres inutiles,
A moins que d avoir mis leur tyrannie à bas,
Et changé comme vous la face des états.
Chez tous nos Grecs asiatiques Votre pouvoir naissant trouva des républiques, Que sous votre cabale il vous plut asservir : La vieille liberté, si chère à leurs ancêtres, Y fut par-tout forcée à recevoir dix maîtres; Et dès qu on murmuroit de se la voir ravir.
On voyoit par votre ordre immoler les plus braves
A Tempire de vos esclaves.
J'ai tiré de ce joug les peuples opprimés :
En leur premier état j'ai remis toutes choses ; Et la gloire d agir par de plus justes causes A produit des effets plus doux et plus aimés. J ai fait à votre exemple ici des créatures.
Mais sans verser de sang, sans causer de murmures ; Et comme vos tyrans prenoient de vous la loi, Gomme ils étoient à vous, les peuples sont à moi. Voilà quelles raisons ôtent à vos services
Ce qu'ils vous semblent mériter.
Et colorent ces injustices Dont vous avez raison de vous mécontenter.
Si d'abord elles ont quelque chose d étrange, Bepassez-les deux fois au fond de votre cœur; Changez, si vous pouvez, de conduite' et d'humeur;
Mais n'espérez pas que je change.
LTSANDER.
S'il ne m'est pas permis d'espérer rien de tel.
Du moins, grâces aux dieux, je ne vois dans vos plaintes
43o AGÉSILAS.
Que des raisons d'état et de jalouses craintes Qui me font malheureux et non pas criminel.
Non, seigneur, que je veuille ét;re assez téméraire Pour oser d'injustice accuser mes malheurs :
L action la jdus belle a diverses couleurs; Et lorsqu'un roi prononce, un sujet doit se taire. Je voudrois seulement vous faire souvenir Que j'ai près de trente ans commandé nos armées Sans avoir amassé que ces nobles fumées
Qui gardent les noms de finir.
Sparte, pour qui j'allois de victoire en victoire, M'a toujours vu pour fruit n'en vouloir que la gloire, Et faire en son épargne entrer tous les trésors Des peuples subjugués par mes heureux efforts. Vous-même le savez, que, quoi qu'on m'ait vu f^ire, Mes filles n'ont pour dot que le nom de leur père ; Tant il est vrai, seigneur, qu en un si long emploi J'ai tout fait pour l'état, et n'ai rien fait pour moi. Dans ce manque de bien Cotys et Spitridate, L'un roi, l'autre en pouvoir égal peut-être aux rois, M'ont assez estimé pour y borner leur choix; Et, quand de les pourvoir un doux espoir me flatte,
Vous semblez m'envier un bien Qui fait ma récompense, et ne vous coûte rien.
AGÉSILAS
Il nous seroit honteux que des mains étrangères Vous payassent pour nous de ce qui vous est dû. Tôt ou tard le mérite a ses justes salaires, Et son prix croît souvent plus il est attendu. D'ailleurs n'auroit-on pas quelque lieu de vous dirCi