ACTE II, SCÈNE II
Le plus heureux destin surprend par les divorces ■ ; Durtrop de confiance il aime à se venger ^ ; Et dans un grand dessein rien n'est à négliger.
Devons-nous exposer à tant d'incertitude L esclavage de Rome et notre servitude^, De peur de partager avec d'autres Romains Un honneur où le ciel veut peut-être leurs mains? Notre gloire, il est vrai, deviendra sans seconde, Si nous faisons sans eux la liberté du monde; Mais si quelque malheur suit tant d'heureux combats, Quels reproches cruels ne nous ferons-nous pas ! D'ailleurs, considérez que Perpenna vous aime. Qu'il est ou qu'il se croit digne du diadème, Qu'il peut ici beaucoup; qu'il s'est vu de tout temps Qu'en gouvernant le mieux on fait des mécontents ; Que, piqué du mqpris, il osera peut-être....
VIRÏATE.
Tranchez le mot, seigneur : je vous ai fait mon maître, Et je dois obéir malgré mon sentiment;
admettre ce mot, parceqiie les forces ne peuvent pas être dans un espoir. Cest un barbarisme.
' Un destin n'a point de divorces; il a des vicissitudes, des changements, des revers; et alors ce n'est pas Theureux destin cpi surprend. Cette expression est un barbarisme.
* Ce destin qui aime à se venger est une idëe poétique qui n*a rien de vrai. Pourquoi aimerait-il"à se venj^er de la confiance c[a'on a en lui? Est*ce ainsi que doit raisonner un grand capitaine, un homme dVtat?
' Ce n est point Tesclavage qu on expose ici à l'incertitude des ^ènements; au contraire, c'est la liberté de Home et celle de l'Espagne, pour laquelle Sertorius et Viriate combattent, et qu'on' exposerait.
G est à quoi se réduit tout ce raisonnement.
Faites, feites entrer ce héros d'importance % Que je fasse un essai de mon obéissance; Et si vous le craignez, craignez autant du moins Un long et vain regret d'avoir prêté vos soins >.
SERTORIUS
Madame, croiriez-vous....
VIRIATE
Ce mot vous doit suffire ; J'entends ce qu'on me dit, et ce qu'on me veut dire. Allez, faiteS'lui j^ace, et ne présumez pas....
SERTORIUS
Je parle pour un autre, et toutefois, hélas^ ! Si vous saviez....
VIRIATE
Seigneur, que feut-il que je sache?
Et quel est le secret que ce soupir me cache ?
' Faites, faites entrer ce héros d'importance,
est un peu trop comique. L*auteur a dëja dit des gens d'impop" tance: il nest pas permis d'écrire d'un gtyU si trivial, sur-tout après avoir écrit de si belles choses.
* Il faudrait achever la phrase. Prêter vos soins n*a pas un sens complet; on doit dire à qui on les a prêtés. De plus, on ne prêta point de soins, on ne prête que les choses qu'on peut retirer. Quand les soins sont une fois donnés , on peut en refuser de nouveaux. Il n'en est pas de même du mot appui, secours; on prête son appui, son secours, son bras, son armée, etc., parcequ'on peut les retirer, les reprendre. Ce style est très vicieux.
^ Cet hélas dans la bouche de Sertorius est trop déplacé; il ne convient ni à son caractère, ni à son âge, ni à la scène politique et raisonnéa qui vient de se passer entre Vîriate et lui.