ACTE IV, SCÈNE III
L^amour d'Agésilas à son amour s'oppose.
MANDANE
Et si vous ne pensez à le mieux écouter, Lysander d'Elpinice en sa faveur dispose.
SPITRIDATE.
Ne me cachez rien, vous l'aimez.
MANDANE
Conune vous aimez Elpinice.
SPITRIDATE.
Mais vous m'avez promis un entier sacrifice.
MANDANE
Oui, s'il peut être utile aux vœux que vous formez.
SPITRIDATE.
Que ne peut point un roi !
Quels droits n'a point un père !
SPITRIDATE.
Inexorable sœur !
MANDANE
Impitoyable frère.
Qui voulez que j'éteigne un feu digne de moi, Et ne sauriez-vous faire une pareille loi !
SPITRIDATE.
Hélas! considérez....
MANDANE
Considérez vous-même....
SPITRIDATE.
Que j'aime, et que je suis aimé.
MANDANE
Que je suis aimée, et que j'aime.
446 A6ÉSILAS.
SPITBIDATE.
N'égalez point au mien un feu mal allumé.
Le sexe vous apprend à régner sur vos âmes.
MANDANE
Dites qu'il nous apprend à renfermer nos flammes.
Dites que votre ardeur à force d'éclater.
S'exhale, se dissipe, ou du moins s'exténue,
Quand la nôtre grossit sous cette retenue
Dont le joug odieux ne sert qu'à l'irriter.
Je vous parle, seigneur, avec une ame ouverte;
Et si je vous voyois capable de raison.
Si quand l'amour domine elle étoit de saison....
SPITRIDATE.
Ah ! si quelque lumière enfin vous est offerte, Expliquez-vous, de grâce, et pour le commun bien Vous ni moi ne négUgeons rien.
MANDANE
Notre amour à tous deux ne rencontre qu'obstacles
Presque impossibles à forcer; Et si pour nous le ciel n'est prodigue en miracles, Nous espérons en vain nous en débarrasser.
Tirons-nous une fois de cette servitude
Qui nous fait un destin si rude.
Bravons Agésilas, Cotys, et Lysander.
Qu'ils s'accordent sans nous s'ils peuvent s'accorder. Dirai-je tout? cessons d'aimer et de prétendre,
Et nous cesserons d'en dépendre.
SPITRIDATE.
N'aimer plus ! Ah ! ma sœur !