ACTE IV, SCÈNE III
MANDANE
J'en soupire à mon tour ; Mais un grand cœur doit être au-dessus de lamour. Quel qu'en soit le pouvoir, quelle qu'en soit l'atteinte,
Deux ou trois soupirs étouffés.
Un moment de murmure, une heure de contrainte. Un orgueil noble et ferme, et vous en triomphez. N'avons-nous secoué le joug de notre prince Que pour choisir des fers dans une autre province ? Ne cherchons-nous ici que d'illustres tyrans
Dont les chaînes plus glorieuses Soumettent nos destins aux obscurs différents
De leurs haines mystérieuses?
Ne cherchons-nous ici que les occasions De fournir de matière à leurs divisions.
Et de nous imposer un plus rude esclavage Par la nécessité d'obtenir leur suffrage?
Puisque nous y cherchons tous deux la liberté. Tâchons de la goûter, seigneur, en sûreté.
Réduisons nos souhaits à la cause publique;
N'aimons plus que par politique; Et, dans la conjoncture où le ciel nous a mis. Faisons des protecteurs, sans faire d'ennemis. A quel propos aimer, quand ce n'est que déplaire
A qui nous peut nuire ou servir?
S'il nous en faut l'appui, pourquoi nous le ravir? Pourquoi nous attirer sa haine et sa colère ?
SPITRIDATE.
Oui, ma sœur, et j'en suis d'accord;
448 AGÉSILAS
Agésilas, ici maître de notre sort, Peut nous abandonner à la .Perse irritée, Et nous laisser rentrer, malgré tout notre e£Fort, Sous la captivité que nous avons quittée* Cotys ni Lysander ne nous soutiendront pas S'il faut que sa colère à nous perdre s'applique. Aimez, aimez-le donc, dû moins par politique, Ce redoutable Agésilas.
Voulez-vous que je le prévienne,
Et qu'en dépit de la pudeur D'un amour commandé l'obéissante ardeur Ose faire éclater ma flanmie avant la sienne? On dit que je lui plais, qu'il soupire en secret. Qu'il retient, qu'il coinbat ses désirs à regret; Et cette vanité qui nous est naturelle Veut croire ainsi que vous qu'on en juge assez bien: Mais enfin c'est un feu sans aucune étincelle. Je crois ce qu'on en dit, et n'en sais encor rien. S'il m'aime, un tel silence est la marque certaine
Qu'il craint Sparte et ses dures lois ; Qu'il voit qu'en m'épousant, s'il peut m'y faire reine,
Il ne peut lui donner de rois; Que sa gloire....
SPITRIDATE.
Ma sœur, l'amour vaincra sans doute; Ce héros est à vous, quelques lois qu'il redoute; Et, si par la prière il ne les peut fléchir.
Ses victoires auront de quoi l'en affranchir. Ces lois, ces mêmes lois s'imposeront silence