‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 34 sur 278 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

Je vois ce quHl £aut faire, à voir ce que vons iaiUs ' : Les sièges, les assauts, les savantes retraites, Bien camper, bien choisir à chacun son emploi^ Votre exemple est par-tout une étude pour moi. Ah! si je vous pouvois rendre à la république. Que je croirois lui faire un présent magnifique ! Et que j'irois, seigneur, à Rome avec plaisir, Puisque la trêve enfin m^en donne le loisir.

Si j'y pouvois porter quelque foible espérance D y conclure un accord d'une telle importance ! Près de Theureux Sylla ne puis-je rien pour vous ? Et près de vous, seigneur, ne puis-je rien pour tous?

SERTORIUS

Voua me pourriez sans doute épargner quelque peine, Si vous vouliez avoir Tame toute romaine :

Mais, avant que d'entrer dans ces difficultés, Sou£Frez que je réponde à vos civilités >.

Vous ne me donnez rien par cette haute estime Que vous n'ayez déjà dans le degré sublime 3. La victoire attachée à vos premiers exploits, Un triomphe avant l'âge où le souffrent nos lois. Avant la dignité qui permet d'y prétendre^

' Jt 9oi$ h voir, tépétixion qu'il hni éviter.

' n eût été mieux que Sertorîntf eût répondu aux civilités éePowi^ pée sans le dire; 6ela dunne à son discours un air apprêté et cotH traint. fi annonce qu'il teut faire un compliment ; un tel complument doit être sans appareil, afin qu'il paraisse plus naturel et plus Vrai. Ou u'a pas besoin de faire retirer les assistants pour faire un compliment.

' Degré sublimé , expression faible et impropre employée pour la rime.

8o SERTORIUS.

Font trop voir quels respects Tunivers vous doit rendr Si dans Toccasion je ménage un peu mieux L'assiette du pays et la fiaveur des lieux ■, Si mon expérience en prend quelque avantage,

' Je ne peux m'empêcher de remarquer ici qu*on trouYe dans plusieurs livres, et sur- tout dans V Histoire du Théâtre y que le vicomte de Turenne, à la représentation de Sertorius, s*écria: Où donc Corneille a-t-il pu apprendre Vari de la guerre? Ce conte est ridicule. Corneille eût très mal fait d'entrer dans les détails de cet art; il fait dire en général à Sertorius ce que ce Romain devait peut-être se passer de dire, qu'il sait mieux se prévaloir du terrain que Pompée. Il n'y a pas là de quoi étonner un Turenne. Les généraux de Charles-Quint et de François I'.'* pouvaient, en effet, s'étonner que Machiavel, secrétaire de Florence, donnât des règles excellentes de tactique , et enseignât à disposer les bataUlons comme on les range aujourd'hui ; c'est alors qu'on pouvait dire : Où Machiavel a-t-il appris Vart de la guerre ? Mais si le vicomte de Turenne en avait dit autant sur un ou deux vers de Corneille, qui n'enseignent point la tactique , et qui ne doivent point TenseSgner, il aurait dit une puérilité dont il était incapable.

On pouvait plus justement dire que Corneille parlait supérieurement de politique. La preuve en est dans ces vers :

Lorsque deux facdons divisent un empire , eu:. N

Elle est encore plus dans Cinna. Nous sommes inondés depuis peu de livres sur le gouvernement. Des hommes obscurs, incapables de se gouverner eux-mêmes, et ne connaissant ni le monde, ni la cour, ni les affaires, se sont avisés d'instruire les rois et les ministres, et même de les injurier. Y a-t-il un seul de ces livres, je n'en excepte pas un, qui approche de loin de la déUbération d'Auguste dans Cinna, et de la conversation de Sertorius et de Pompée? Cest là que Corneille est bien grand; et la comparaison qu'on peut faire de ces morceaux avec tous nos fatras de prose sur la politique le rend encore plus gi^nd, et est le plus bel éloge de la poésie.

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