‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 35 sur 278 · ACTE III, SCÈNE II. 8i · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II. 8i

Lie grand art de la guerre attend quelquefois Tàge, Le temps y fait beaucoup; et de mes actions S'il vous a plu tirer quelques instructions, Mes exemples un jour ayant Êiit place aux vôtres , Ce que je vous apprends, vous l'apprendrez à d autres; Et ceux qu aura ma mort saisis de mon emploi S'instruiront contre vous, comme vous contre moi. Quant à Theureux Sylla, je n'ai rien à vous dire. Je vous ai montre l'art d'affoiblir son empila; Et, si je puis jamais y joindre des leçons Dignes de vous apprendre à repasser les monts, Je suivrai d'assez près votre illustre retraite Pour traiter avec lui sans besoin d'interprète, Et sur les bords du Tibre, une pique à la main >. Lui demander raison pour le peuple romain.

POMPÉE

De si hautes leçons, seigneur, sont difficiles, Et pounroient vous donner quelques soins inutiles. Si vous faisiez dessein de me les expliquer Jusqu'à m^avoir appris à les bien pratiquer^.

SBRTORIUS.

Aussi me pdurriez-vous épargner quelque peine, Si vous vouliez avoir lame toute romaine ;

' On se servait encore de piques en France lorsqu'on représenta Sertorius, et cette expression était plus noble qu'aujourd'hui.

* Ce vers n*a pas un sens net. On ne sait si Fintention de Fauteur est, si vous vonliei ni*expliquer mes leçons jusqu'à ce que voos m'apprissiez à les mettre en pratique ; mais faire dessein de les cliquer jusqu'à m avoir appris est un contre-sens en toute langur. '^«im deuein est un barbarisme.

8i SERTORIUS.

Je vous Tai déjà dit.

POMPÉE

Ce discours rebattu Lasseroit une austère et £urouche vertu.

Pour moi y qui vous honore assez pour me contraindre A fuir obstinément tout sujet de m'en plaindre. Je ne veux rien comprendre en ces obscurités.

SERTORIUS

Je sais qu on n'aime point de telles ventes : Mais, seigneur, étant seuls, je parle avec franchise; Bannissant les témoins, vous me Tavez permise; Et je garde avec vous la même liberté Que si votre SyUa n'a voit jamais été.

Est-ce être tout Romain, qu'être chef d'une g^rre * Qui veut tenir aux fers les maîtres de la terre? Ce nom, sans vous et lui, nous seroit encor dû; C'est par lui, c'est par vous , que nous l'avons perdu. C'est vous qui sous le joug traînez des oeeurs si hua^s > ; Ils étoient plus que rois, ils sont moindres qu'esclaves; Et la gloire qui suit vos plus nobles travaux Ne fait qu'approfondir l'abyme de leurs maux : Leur misère est le fruit de votre iUustre peine; . Et vous pensez avoir l'ame toute romaine i

' On est chef de parti, on n*est pas chef d*ime guerre. Le mot est trop impropre.

* Traîner des cœurs peut se dire. Racine a dit:

Charmam, jeune , traînant tous les cœurs après soi. Mais cet après soi ou après lui est absolument nécessaire. Entraînant après lui tous les cœnrs des soldais.

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