‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 42 sur 278 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

POMPÉE

Si je vous aime > ?

Demandez si je vis, ou si je suis moi-même.

Votre amour est ma vie, et ma vie est à vous.

ARISTIE

Sortez de mon esprit, ressentiments jaloux :

Noirs enfants du dépit, ennemis de ma gloire.

Tristes ressentiments, je ne veux plus vous croire.

Quoi qu'on m'ait fait d outrage, il ne m'en souvient plus.

Plus de nouvel hymen , plus de Sertorius > ;

Je suis au grand Pompée; et puisqu'il m'aime encore^

Puisqu'il me rend son cœur, de nouveau je l'adore.

Plus de Sertorius. Mais, seigneur, répondez;

Faites parler ce cœur qu'enfin vous me rendez.

Plus de Sertorius. Hélas l quoi que je die,

' Ce qui fait en partie que ceUe scène est froide, c'est précisément cette chaleur que Pompée essaie de mettre dans sa réponse à sa femme. S'il est vrai qu'il l'aime si tendrement, il joue le rôle d'un lâche de l'avoir répudiée par crainte de Sylla; et Pompée ainsi avili ne peut plus intéresser les spectateurs ^ comme on TÎèfat de le faire Yoir. Aristie plait encore moins ^ en ne paraissai|t qjak pour dire à Pompée qu'elle prendra un autre mari , s'il ne veut pas d'elle. Ce sont là des intérêts qui n'ont rien de grand ni d'attendrissant.

* n n*y a personne qui puisse souffrir cet apprêt, ces rellriliti^, ces jeux d'esprit compassés. Cela ressemble un peu à ces «nckinikes pièces de poésie nommées chants royaux, ballades, virelais; amusements que jamais ni les Grecs ni les Romains ne connurent, excepté dans les vers phaleuques , qui étaient une espèce de poésie moUe et efféminée, où les refrains étaient admis; et quelquefois aussi dans l'églogue ;

Ducite ab uri>e d«iinmB» mea carmina, dncice Daphnini.

94 SERTORILS.

Vous ne me dites point, seigneur, Plus d'Emilie '. Rentrez dans mon esprit, jaloux ressentiments, Fiers enfants de Thonneur, nobles emportements; C'est vous que je veux croire; et Pompée mAàèie Ne sauroit plus souffrir que ma haine chancelle ; U ra£Fennît pour moi. Venes, SerUNriufi, Il me rend toute à vous par w «OMiet riefus.

Donnons ce grand témmn à oe ffc^aàhjvkéoéei Son an»e toute ailleurs n'en sera poi«t gênée : Il le verra sans peine, et cette dureté Passera dbez Sylla pour m£^;naiiimit&

POMPÉS

Ce qu'il vous fait d'injure également i» entrage ; Mais enfin je vous aime, et ne puis da^aïU^sige \ Vous , si jamais ma flamme ^it poiur Nom» tqudqiji^ apps Plaignez-vous, haïssez, mais ne vous donnez pas; Demeurez en état d'être toujours ma femiDe , tardez jusqu'au tombeau l'empire de mon armel ' Sylla n'a que son temps, il est vieil et cassé ; JSqh xégne passera , s'il n'est d^a passé ; Ce grand pouvoir lui pèse, il s'apprête à le râidre*; > Gomme à Sertorius, je veux bien vous l'apprendre. '■ Ne vous jetez donc point, madame, en d'autres bras; Plaignez-vous, haïssez, mais ne vous donnez pas : Si vous voulez ma main, n'engagez point la vôtre. ■

' Cela serait à sa place daus une pastorale; mais dans une tragédie !.. —

* Ce qu il fait d'injure est un barbarisme ; mais je vous aime y et ne puis davantage déshonore entièrement Pompée. Le vainqueur de Bilithridate ne devait pas «avilir jusq<ie-là>

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